30 Oct 2025 | Actualités
Le 24 octobre, s’adressant aux participants au « Jubilé des équipes synodales et des organismes de participation« (tout un programme!) Léon XIV a tenu des propos étonnants, souvent passés sous les radars (mais pas sous ceux d’AM Valli) et tristement révélateurs: « Personne ne détient toute la vérité; nous devons tous la rechercher humblement et la rechercher ensemble ».
Ensemble AVEC QUI? Et dans ce cas, à quoi sert le pape?
On nage en plein dans cette « dictature du relativisme » si souvent dénoncée par Benoît XVI.
Une déception de plus, de la part de ce pape, si sympathique, aux manières si élégantes et au langage si mesuré, qui s’inscrit pourtant de plus en plus ouvertement dans les pas du catastrophique François.
La déclaration de Léon XIV risque de faire disparaître toute distinction résiduelle entre l’Église et le monde. Si la vérité doit être « recherchée ensemble », alors l’Église n’est qu’une entité parmi tant d’autres qui participent à cette recherche. Une agence comme les autres, qui participe à la recherche au même titre que toutes les autres.
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Alors, à quoi servent les évêques ? Non pas à enseigner la vérité, mais à faciliter la participation. Et le pape ? Il devient une sorte de modérateur de la table ronde. Et la doctrine ? Elle n’est pas le fruit de la Révélation, mais du consensus.
L’Église synodale et ses trahisons.
Quand la seule vérité est de tourner en rond
AM Valli
Ils apprennent toujours, mais ne parviennent jamais à atteindre la connaissance de la vérité.2 Timothée 3:7
Dans son homélie pour le jubilé des « équipes synodales et des organismes de participation », Léon XIV a affirmé:
« Personne ne détient toute la vérité; nous devons tous la rechercher humblement et la rechercher ensemble ».
Cette phrase est ambiguë. Car s’il est vrai que chacun de nous, en tant que pécheur, est toujours exposé au risque de trahir la vérité, il existe une réalité qui est dépositaire de la vérité, et c’est l’Église catholique, l’Église « du Dieu vivant, colonne et soutien de la vérité » (1 Tm 3, 15).
Pendant près de deux millénaires, les catholiques ont cru que l’Église détenait la vérité. Non pas dans une certaine mesure, mais dans sa plénitude, car son Fondateur la leur avait confiée. Le Christ l’a promis : l’Esprit de vérité restera « avec vous pour toujours ».
En fait, les papes antérieurs au concile Vatican II n’ont jamais décrit l’Église comme « à la recherche » de la vérité. Ils l’ont décrite comme gardienne, maîtresse et juge de l’erreur et du péché.
La déclaration de Léon XIV risque de faire disparaître toute distinction résiduelle entre l’Église et le monde. Si la vérité doit être « recherchée ensemble », alors l’Église n’est qu’une entité parmi tant d’autres qui participent à cette recherche. Une agence comme les autres, qui participe à la recherche au même titre que toutes les autres.
L’humilité est une vertu, mais « l’humilité synodale », comprise comme une recherche permanente, débouche sur la liquidité typique de la pensée postmoderne. Ce qui se traduit par un abandon du poste. Le gardien s’en va et laisse le champ libre au relativisme. L’expression « personne ne détient toute la vérité » sonne très bien aux oreilles du monde, mais elle bouleverse la doctrine catholique. Si la vérité ne descend pas de la Révélation, et n’est plus telle une fois pour toutes mais évolue à travers l’expérience communautaire, cela signifie qu’elle peut changer en fonction des époques, des circonstances et des modes.
Et si l’Église n’enseigne plus, si elle n’est plus magistra, que peut-elle faire ? Elle doit se concerter. Elle n’a pas d’autre choix. Dans l’Église antidogmatique, on dogmatise, en fait, le dialogue permanent. C’est là que les « équipes synodales et les organismes de participation » entrent en jeu.
Dans mon livre “Come la Chiesa finì” [ndt: voir entre autres articles benoit-et-moi.fr/2017], j’ai imaginé cette dérive en utilisant l’ironie et le sarcasme. La première édition date de 2017. Je ne pensais pas non plus que tout cela se réaliserait aussi rapidement.
Léon XIV a salué les équipes et les organismes de participation (qui sont finalement des organismes bureaucratiques) comme l’image d’une Église qui vit en communion, incarnation d’une nouvelle façon d’être Église. C’est l’Église qui écoute et qui chemine. Représentée par des personnes assises autour d’une table, et non tournées vers le tabernacle, en prière.
L’Église synodale serait celle inspirée par la « logique de l’amour », et non par celle du pouvoir. Mais cette opposition est elle aussi ambiguë, car s’il est vrai que nous devons nous opposer à l’abus de pouvoir et à l’arrogance, il est tout aussi vrai que l’Église a été voulue par son Fondateur comme hiérarchique, et non « démocratique ».
On soutient que pour être accueillante, l’Église doit être collégiale. Mais l’Église ne doit pas être accueillante. Elle doit être fidèle. L’accueil ne peut se faire au prix de la vérité.
C’est comme si nous étions face à une transformation constitutionnelle. De l’Église qui définit et enseigne, nous passons à l’Église qui consulte et avance. Mais pour aller où ?
Je répète que l’Église adopte la pensée postmoderne, liquide, fluide, relativiste. Une pensée étrangère à toute valeur absolue. Et s’il n’y a pas de vérité absolue, reconnaissable comme telle, il ne peut y avoir d’autorité tout aussi reconnaissable.
L’« Église participative » renverse l’ordre divin. L’autorité ne descend plus d’en haut, mais émerge d’en bas et s’exprime à travers les organes bureaucratiques synodaux. De l’Épouse du Christ, nous sommes passés à un parlement religieux en session permanente.
Alors, à quoi servent les évêques ? Non pas à enseigner la vérité, mais à faciliter la participation. Et le pape ? Il devient une sorte de modérateur de la table ronde. Et la doctrine ? Elle n’est pas le fruit de la Révélation, mais du consensus.
Léon XIV soutient que « les tensions entre unité et diversité, tradition et nouveauté, autorité et participation » sont la vie même de l’Église et ne doivent pas être résolues, mais « harmonisées par l’Esprit ». Qu’est-ce que cela signifie ? Peut-il y avoir harmonie sans vérité ?
L’Église devrait résoudre les tensions à la lumière de la doctrine, comme elle l’a fait pendant des siècles. La nouvelle Église semble se complaire dans les tensions, car elles lui permettent de faire la seule chose qu’elle se propose désormais de faire : marcher ensemble. Mais pour aller où ?
Et bien sûr, les champions de l’inclusion sont aussi les plus prompts à pratiquer l’exclusion. De qui ? Évidemment, de nous, catholiques traditionnels, qualifiés de pharisiens formalistes. Le « cheminement ensemble » des synodaux exclut, comme me l’a dit un ami avec une image très juste, quiconque n’est pas disposé à tourner en rond.
Sous le vernis synodal, la réalité tragique refait surface. Pour la nouvelle Église, si vous avez une certitude, vous êtes un tyran malade d’orgueil. L’humilité n’est plus se soumettre à la volonté divine, mais pratiquer le doute. La sainteté n’est plus vivre à la lumière du Christ, mais écouter les autres. La confusion perpétuelle et l’ambiguïté sont présentées comme de la sensibilité pastorale. Et aujourd’hui, les pasteurs ne sont plus tenus de dire où mène le chemin chrétien : ils enseignent seulement que l’important est de continuer à marcher.