La fraternité Saint pie X à la croisé des chemins

[Riposte Catholique]Trois arguments : trois sophismes

Maximilien Bernard

23 février 2026

François de Lacoste Lareymondie, ancien officier de la Marine, énarque, a entrepris à sa retraite des études de droit canonique et est aujourd’hui avocat ecclésiastique. Dans La Nef, il conteste les 3 arguments développés par la FSSPX pour justifier de nouveaux sacres :

  • l’état de nécessité en vue du “salut des âmes” dont, en vertu du droit canonique et de la théologie, il est la loi suprême de l’Église.
  • une consécration épiscopale sans mandat ne serait pas un acte schismatique puisque les nouveaux évêques ne recevraient que le “pouvoir d’ordre”, mais non le “pouvoir de juridiction”.
  • l’argument chinois qui explique que, avec un tel précédent, Rome n’aurait pas de raison de refuser de ratifier la décision de sacrer de nouveaux évêques.

Le premier argument ne tient pas la route :

[…] rien n’empêche les membres des communautés de la FSSPX de recevoir les sacrements ailleurs, dans tous les lieux de culte de l’Église catholique : nul ne les en chassera ! S’ils s’y refusent, c’est uniquement l’effet d’un acte de “volonté contraire” qui les place eux-mêmes dans l’état qu’ils déplorent.

[…] En outre, le raisonnement repose sur une erreur conceptuelle. Aucune communauté particulière ne peut se prévaloir pour elle-même d’un état de nécessité car il ne lui revient pas de se donner à elle-même ses ministres : elle ne peut les recevoir que de Dieu selon les voies qu’il a instituées, à savoir le collège des apôtres et de leurs successeurs unis à Pierre dans l’unique Église. Nos frères catholiques japonais, pour ne citer que cet exemple, pendant les longues années où ils ont été privés de prêtres, nous l’ont rappelé par leur fidélité.

L’argument de l’état de nécessité n’est donc qu’un habillage de commodité à destination de fidèles qui n’y regardent pas de trop près et dont on veut assurer le confort moral.

Le second est contraire à la nature même de la consécration épiscopale :

Tout évêque, en effet, est d’abord membre du collège épiscopal constitué autour du Pape, de même que les apôtres étaient un groupe organique, “Les Douze”, constitué en tant que tel (ce qu’exprime le mot “collège”) autour de Pierre, lui-même établi comme chef, non comme un capitaine de guerre ou comme un simple coordinateur, c’est à dire comme celui qui, en dépit de ses faiblesses, a pour mission première de paître l’ensemble du troupeau en le gardant dans l’unité, et de le raffermir dans la foi, en étant assuré de l’assistance de l’Esprit Saint. C’est pourquoi nul évêque, en sa qualité de successeur des apôtres, ne peut être établi et ne peut agir qu’en étant uni au Souverain Pontife, et jamais sans lui. […]

l’évêque est consacré pour être le pasteur d’un diocèse déterminé ; et c’est à ce titre qu’il reçoit, simultanément et sans séparation, « la charge de sanctifier (par les sacrements), d’enseigner, et de gouverner les fidèles qui lui sont confiés ». De même et par analogie, tout prêtre (sauf s’il est religieux, et donc membre d’un institut canoniquement reconnu) est nécessairement rattaché à un évêque auprès de qui il est incardiné, formant autour de celui-ci, avec les autres prêtres du diocèse, le collège presbytéral. L’Église ne connait pas d’évêque qui soit laissé “en l’air”, déraciné, ou amputé d’une partie des pouvoirs qui lui sont connaturels. Les trois pouvoirs (et non les deux comme le disent les supérieurs précités) sont consubstantiels à la charge épiscopale, intrinsèquement liés, et doivent se comprendre comme ordonnés les uns aux autres : le pouvoir de sanctifier (ou pouvoir d’ordre) et celui d’enseigner s’exercent sur les fidèles qui ont été confiés à l’évêque et sur lesquels il a juridiction ; et le pouvoir de gouvernement existe en vue du bon exercice des deux autres, non indépendamment ou en soi.

Un évêque qui n’a plus de pouvoir de juridiction, comme c’est le cas d’un évêque émérite, n’est pas grand-chose. S’il lui reste la plénitude du sacrement de l’ordre et une dignité qui ne peuvent lui être ôtées, il ne peut cependant exercer aucun pouvoir, ni d’ordre ni d’enseignement, sur aucun fidèle, à moins qu’il n’ait expressément reçu délégation d’un autre évêque diocésain à cette fin. Et ceci, sans exception : un évêque sans juridiction ne pourra jamais agir que sur mandat. […]

Enfin le cas chinois est audacieux :

Ce qui est en jeu dans les relations avec le gouvernement chinois est identique à ce qui l’était dans la relation entre Pie VI et le gouvernement révolutionnaire français, puis entre Pie VII et Napoléon : c’est une question de pouvoir, ni plus ni moins. Question ancienne et lancinante des Églises nationales. Trop de gouvernements civils, encore aujourd’hui, y compris dans nos sociétés dites démocratiques, voudraient gouverner les âmes, ou du moins s’assurer que l’autorité religieuse ne les contrariera pas sur ce plan-là et qu’elle se contentera de faire de la spiritualité et de l’humanitaire.

En arrière-plan se profile une autre question qui est celle de la nature de l’Église et de son autonomie par rapport aux pouvoirs politiques : long combat qui ne sera jamais définitivement clos sauf disparition de l’Église (mais elle, et elle seule, a les promesses de la vie éternelle). Comme leurs prédécesseurs avec la France, les Papes actuels s’efforcent de trouver un modus vivendi qui, à défaut d’être parfait, soit acceptable pour garantir autant que possible aux chrétiens locaux le bénéfice des instruments du salut. Y parviendront-ils ? je n’en sais rien car le pouvoir communiste chinois est autrement coriace que le pouvoir napoléonien ; prennent-ils les meilleurs moyens ? je n’en sais rien non plus, tout en observant que sur ce plan diplomatico-politique, et sans attenter à la révérence et à l’obéissance qu’on doit au Pape, il n’est pas interdit d’en discuter et d’émettre des critiques respectueuses. […] Plus sérieusement, en filigrane de cette référence, je vois poindre chez le supérieur général de la FSSPX la revendication de faire désigner par la Fraternité elle-même ses futurs évêques et de ne laisser au Souverain Pontife qu’un lointain et vague pouvoir de ratification […]