[La Porte Latine]
Sermon du 2 février 2026 au Séminaire Saint-Curé‑d’Ars.

Chers confrères, chers séminaristes, chères sœurs et chers fidèles,
Quelle joie de pouvoir bénir l’habit de vingt-deux nouveaux séminaristes, en ce jour béni dans lequel Notre-Seigneur, pour la première fois, va au Temple pour se présenter lui-même devant son Père, pour manifester extérieurement l’offrande de lui-même, de sa vie. “Me voici pour faire ta volonté”. “C’est la raison pour laquelle je me suis incarné et aujourd’hui, je le manifeste”. Autant que possible, ces dispositions parfaites de Notre-Seigneur doivent être les dispositions d’un jeune homme qui veut donner sa vie à Notre-Seigneur pour monter un jour à l’autel.
Quel bel exemple ! C’est le modèle à suivre pendant toute notre vie. Et cela a lieu dans l’humilité : l’humilité de Notre-Dame et l’humilité de Notre-Seigneur. Notre-Dame, l’Immaculée, la Vierge perpétuelle, accepte le rite de la purification selon la loi de Moïse. Jamais aucune créature n’a été ni ne sera aussi pure que la Vierge, mais par humilité, elle accepte ce rituel. Et au moyen de l’offrande de deux colombes, une en holocauste et une pour les péchés, elle est purifiée. C’était l’offrande des pauvres. Et Notre-Seigneur, lui-même, est racheté parce qu’en tant que premier-né, il appartenait à Dieu et il est racheté en payant une petite somme de cinq sicles, cinq pièces de monnaie. Lui qui était lui-même le Rédempteur, lui qui était lui-même le prix de notre rachat, il accepte d’être racheté par quelques pièces de monnaie. Quelle humilité ! Ils n’étaient pas strictement obligés d’aller à Jérusalem pour ce rituel. Les Juifs qui habitaient très loin pouvait faire cela par procuration. Mais ils veulent, la Sainte Famille veut bien accomplir la Loi par obéissance.
Quel exemple magnifique ! Notre-Seigneur nous apparaît déjà obéissant, obéissant jusqu’à la mort. Nous connaissons la perfection de ses dispositions intérieures. Il est déjà prêt à tout donner pour notre rachat et pour accomplir l’obéissance envers son père, pour accomplir sa volonté. Vous voyez comment dans ce contexte d’immolation déjà parfaite, nous avons un prélude de la Croix, de la Passion.
Notre-Seigneur ne peut nous laisser indifférents
Et c’est dans cette scène si simple, si ordinaire apparemment, mais aux yeux de Dieu si unique, parce que la Rédemption a déjà commencé, c’est dans cette scène qu’apparaît Siméon. Ce vieillard prend la parole et son discours est fait de deux parties opposées l’une à l’autre. D’abord, la joie, la joie, de voir Notre-Seigneur, de le prendre dans ses bras. Une joie proportionnelle au désir qu’il avait eu jusqu’à ce jour. “J’ai vu, finalement, j’ai vu le Sauveur, le Salut d’Israël, je l’ai vu”.
Dans l’éternité, nous ne ferons pas autre chose que contempler ce que Siméon a contemplé dans ses bras pendant ces quelques instants : ce salut, ce sauveur, qui a été préparé par la Providence divine depuis toujours. L’Incarnation était dans l’esprit de Dieu – si l’on peut dire ainsi – pour tout le peuple, ante faciem omnium populorum, lumen ad revelationem gentium : c’est le seul Sauveur qui est donné, qui est proposé, à tous les peuples, à toutes les races sans distinction. Quelle joie ! Quelle joie dans les yeux et dans les paroles de ce vieillard : cette lumière pour enseigner la vérité, la seule voie du salut.
Cette joie, de Siméon, cette lumière, est tout d’un coup comme interrompue brusquement par cette annonce faite à Notre-Dame et Saint Joseph. Il se tourne vers eux, il les bénit et il va leur dire quelque chose sur un autre ton – qui a un lien avec ce qui précède bien sûr. Qu’est-ce qu’il va leur dire concrètement ? Il va leur dire que cette rédemption du genre humain par cet enfant va se faire dans la souffrance, va se faire dans la croix, va se faire par la Passion. Cet enfant va être un signe de contradiction. C’est une très belle définition de Notre-Seigneur. C’est un signe de contradiction.
Qu’est-ce que cela signifie dans un langage un peu plus moderne ? Cela signifie que Notre-Seigneur ne dialogue pas. C’est un signe de contradiction. Notre-Seigneur affirme la vérité. Il la manifeste par sa parole, et il la confirme par ses miracles. Il la propose et il dit clairement que c’est la seule voie du salut. Il n’y en a pas d’autre. Pourquoi dit-il ça ? Parce qu’il ne peut pas tromper les âmes. Il n’est pas venu dans ce monde pour tromper les âmes. Il est venu pour les sauver. Il manifeste la vérité. Il sera persécuté. Et aussi ceux qui vont le suivre seront eux aussi un signe de contradiction. Il faut choisir. On ne peut pas rester indifférent devant Notre-Seigneur. On ne peut pas rester indifférent devant la Rédemption. Celui qui reste indifférent a déjà choisi son camp. Celui qui reste indifférent a refusé Notre-Seigneur.
Et Siméon dit cela de façon assez claire quand il termine sa prophétie. Il dit que tout cela, cette manifestation de Notre-Seigneur, sa Rédemption, tout cela aura lieu afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient révélées. Qu’est-ce que cela signifie ? Dans quel sens, les pensées des cœurs des hommes seront-elles révélées, manifestées ? En ce sens-là, dans ce sens que personne ne pourra rester réellement indifférent devant Notre-Seigneur. Il faudra choisir. C’est un signe de contradiction. Et Notre-Seigneur lui-même va le dire un jour : “Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. Et celui qui ne ramasse pas avec moi, disperse”.
Et cette révélation du mystère de la Rédemption qui va se faire par la souffrance de Notre-Seigneur sera accompagnée par une autre souffrance. Vous voyez : dès la première manifestation de ce mystère de la Rédemption par la souffrance de Notre-Seigneur, Dieu a voulu que Notre-Dame soit associée à cette œuvre. Et que le rôle de Notre-Dame à côté de Notre-Seigneur soit révélé en même temps que le rôle de Notre-Seigneur est révélé aux hommes. Siméon s’adressant à la Vierge, lui dit : “Une épée de douleur transpercera ton cœur. Ton âme sera traversée par un glaive”. Quel mystère lié à cette parole ! Un mystère que nous pouvons pénétrer, un mystère extrêmement cher à l’Église. C’est le mystère de la corédemption, de l’association de Notre-Dame à l’œuvre de Notre-Seigneur.
La place de Notre-Dame dans la Rédemption
Là, on comprend bien pourquoi l’ange avait demandé le consentement de la Vierge, son “fiat”. La Vierge comprenait bien que devenir la mère de Dieu voulait dire devenir la mère d’un Dieu souffrant, d’un Dieu rédempteur, d’un Messie souffrant, tel qu’il avait été décrit dans l’Ancien Testament. Elle a dit : “Oui, je l’accepte, si c’est la volonté de Dieu, je l’accepte.” Dieu s’incarne dans un but bien précis. Et Notre-Dame le savait. Elle accepte surtout cela. Mais pourquoi ? Pourquoi, dans sa sagesse divine, Dieu a‑t-il voulu associer de cette manière Notre-Dame à la Passion de Notre-Seigneur ? Pourquoi ?
C’est que Notre-Seigneur va sauver les âmes, mais il demandera à chaque âme sa propre coopération. Il demandera à chacun son adhésion à la foi, sa part de souffrance. Et Notre-Dame, préservée du péché originel avant sa conception, Notre-Dame était d’une certaine manière la rachetée la plus parfaite, unique, jamais effleurée par le péché et logiquement, Dieu a demandé à Notre-Dame une coopération à l’œuvre de la Rédemption proportionnelle à sa sainteté. Quel mystère ! Il y a derrière cela une vision profondément chrétienne, profondément catholique. Dieu veut la coopération des créatures et a fait de Notre-Dame le prototype de cette coopération.
Dieu a demandé à Notre-Dame une coopération à l’œuvre de la Rédemption proportionnelle à sa sainteté.
Vous voyez bien cela dans le protestantisme qui détruit toute coopération : c’est seulement Dieu qui sauve les prédestinés. C’est la théologie de Luther. Et par conséquent, les protestants, qu’est-ce qu’ils rejettent ? Puisque cette coopération n’est pas nécessaire, qu’est-ce qu’il rejette le protestant, logiquement ? Il rejette la vie religieuse, les mortifications, il rejette la messe, parce que la sainte messe, dans une perspective protestante, est un effort, une coopération humaine à une œuvre qui est seulement divine. Il rejette le culte des saints, parce qu’on n’a pas besoin d’intercesseur, d’intermédiaire. Et il rejette surtout le culte de Notre-Dame. C’est terrible. Cela signifie détruire, en quelque manière, la Rédemption telle que Dieu l’a voulue. Mais c’est logique.
Et il faut le dire : à un autre niveau, d’une manière différente, le modernisme, a fait la même chose. Le modernisme, sans nier tout cela, le dénature. Derrière le bouclier mal placé d’un christocentrisme mal compris, c’est-à-dire dans la crainte fausse d’enlever à Notre-Seigneur sa centralité, le modernisme, lui aussi diminue tout cela, diminue la coopération humaine, les efforts, les mortifications ; la vie religieuse n’est plus comprise, la messe, la messe est comprise d’une toute autre manière et Notre-Dame aussi. Elle est un peu mise de côté de ce rôle qu’elle a dans la rédemption, ce rôle central, c’est terrible !
Quand vous avez un tableau magnifique, qu’est-ce qu’on fait pour le mettre en valeur ? On essaie de trouver un encadrement qui soit digne de ce tableau. Et c’est exactement ce que Dieu a fait avec la Sainte Vierge. Ce tableau magnifique de la rédemption, est encadré par la corédemption, est encadré par Notre-Dame elle-même. Quelle sagesse ! Et maintenant, on nous dit que pour mieux apprécier la beauté de ce tableau, pour ne pas la perdre, il faudrait enlever cet encadrement.
Notre-Dame accompagne Notre-Seigneur dans la souffrance
[La partie qui suit a été prononcée en italien, nous en donnons une traduction] Par trois fois, la Très Sainte Vierge accompagne Notre-Seigneur à Jérusalem. Aujourd’hui, la Présentation au Temple, la Purification de Marie, représente le premier voyage de la Vierge avec Jésus à Jérusalem. En deux autres occasions, la Madone l’accompagne, et ces trois épisodes sont enchaînés l’un à l’autre, ils sont sur le même axe. Ils ont un dénominateur commun.
Aujourd’hui Jésus, présenté au Temple, offre au Père son existence. À douze ans, accompagné encore par la Sainte Vierge, Jésus offre au Père sa sagesse. À douze ans, Jésus manifeste sa sagesse divine et l’offre au Père, présenté au Temple encore une fois accompagné par la Sainte Vierge. La troisième fois sera au Calvaire : Jésus est alors accompagné par la Sainte Vierge pour offrir encore une fois au Père sa propre vie et son propre sang.
Qu’ont en commun ces trois épisodes si différents et pourquoi la Très Sainte Vierge est-elle toujours présente ? Elle accompagne Notre-Seigneur, par trois fois, dans la douleur et dans la souffrance. La première fois, aujourd’hui, le 2 février : l’annonce de Siméon : « Un glaive te transpercera le cœur ». À douze ans : elle l’accompagne encore une fois au Temple. Et encore le déchirement terrible, la douleur d’avoir perdu Notre-Seigneur ; c’est l’épreuve la plus inimaginable pour Marie. La troisième fois : elle l’accompagne encore dans la douleur, dans la douleur du Calvaire.
Mais pourquoi, chaque fois qu’elle l’accompagne, doit-elle le faire dans la douleur ? Parce qu’elle est Corédemptrice, parce qu’elle participe systématiquement à la Passion de Notre-Seigneur. Elle la prépare avec Notre-Seigneur : la Passion de Notre-Seigneur est aussi la sienne. C’est évident.
Et quelle est la conséquence de cette vérité, qui est dans l’Évangile (ce n’est pas une invention) ? Quelle est la conséquence de cela ? C’est que de même que Marie a été présente pendant toute la vie de Notre-Seigneur et l’a suivi dans sa Passion, dans tout ce qui préparait et se référait à sa Passion, ainsi aujourd’hui Marie – c’est logique – continue d’être l’alliée de Notre-Seigneur et de dispenser les grâces qui sont le fruit de la Passion qui fut aussi la sienne, à laquelle elle a été associée dès aujourd’hui, dès l’annonce de Siméon. Quel grand mystère renfermé dans ce glaive ! [Fin du passage prononcé en italien]
Face à la question de Notre-Seigneur au Jugement : Qu’as-tu fait de ma Mère ?
Une dernière considération. Comment Notre-Dame a‑t-elle pu offrir son fils, accepter d’offrir son fils et un tel fils ? On arrive à comprendre qu’elle ait offert à Dieu elle-même, son existence, sa virginité, mais un tel fils ? Comment est-ce qu’elle a pu l’offrir ? Ce fils, virginalement conçu, virginalement enfanté, dont elle était le seul parent ? La nature humaine de Notre-Seigneur vient toute de Notre-Dame, intégralement. C’est sa chair immaculée, c’est son sang immaculé qui ont formé l’humanité de Notre-Seigneur, exclusivement. Ce fils parfait qu’elle adore, comment a‑t-elle a pu l’offrir ? Comment a‑t-elle pu dire “oui” ? Pas seulement, “je dis oui et je reste à Nazareth” mais “je dis oui et je l’accompagne, je dis oui positivement”. Comment a‑t-elle a pu faire cela ? Comment expliquer cela ?
La réponse est très simple : elle l’a fait par amour pour nous. Ce n’est pas une fable ! C’est l’Évangile. Allons-nous renoncer à cette doctrine, allons-nous oublier cette épée plantée dans le cœur de Notre-Dame, allons-nous oublier ce qu’elle signifie, allons-nous oublier ce que Notre-Dame a fait au pied de la croix ? Allons-nous oublier la corédemption ? Pas question, c’est notre foi.
Allons-nous oublier la corédemption ? Pas question, c’est notre foi.
C’est le cœur de notre foi. C’est ce que nous avons de plus cher. Le jour du jugement, Notre-Seigneur nous montrera ses plaies. Notre-Seigneur juge l’humanité, en nous montrant ses plaies, et en demandant à chaque homme : “Qu’est-ce que tu as fait de mes plaies, qu’est-ce que tu as fait de ma Passion ? Est-ce que tu t’es réfugié dans mon côté ou tu as préféré le monde ? Qu’est-ce que tu as fait de mon sang répandu sur la croix ? Qu’est-ce que tu as fait de la Sainte Eucharistie ? Qu’est-ce que tu as fait de ma grâce ?”
Et il nous posera aussi une dernière question : “Qu’est-ce que tu as fait de ma mère ? Je n’avais plus rien, j’étais dépouillé de tout, abandonné de tout le monde, je n’avais plus une goutte de sang dans mon corps, je n’avais plus que ma mère avec moi. Mais pas n’importe quelle mère, une mère que je m’étais préparée, une mère immaculée, une mère pleine de grâce, la mère de Dieu. Je l’avais préparée pour moi, pour m’incarner, pour venir dans ce monde. Une mère qui m’a accompagné dès la présentation au Temple jusqu’à la croix. Dans ma Passion, elle ne m’a jamais abandonné. Je n’avais plus qu’elle et je l’ai donnée à toi afin qu’elle puisse continuer à former dans ton âme, quelque chose de mes traits, quelque chose qui, d’une manière ou d’une autre, puisse me ressembler, à moi. Je t’ai donné ma mère. Qu’est-ce que tu as fait de ma mère ? Elle m’avait engendré dans la crèche sans douleur, entourée de cantiques célestes, dans la pauvreté mais sans douleur ; elle t’a engendré au pied de la croix. Qu’est-ce que tu as fait d’elle ? Comment l’as-tu traitée, honorée ? Est-ce que tu l’as traitée vraiment comme une mère ?
On n’y échappe pas. C’est la question que Notre-Seigneur va nous poser. Pouvons-nous renoncer à cette doctrine tellement belle ? Tellement profonde ? Qui nous manifeste à l’excès la charité de Notre-Seigneur ? Avons-nous peur qu’en traitant Notre-Dame comme elle le mérite, comme corédemptrice, elle nous éloigne du mystère de la Rédemption dans lequel, elle-même, est plongée totalement ? Un chrétien peut-il avoir cette crainte ? Inadmissible, c’est inadmissible ! Peut-on tromper les âmes de cette manière ? C’est inadmissible ! Peut-on éloigner les âmes de Notre-Dame, alors que son rôle, ce n’est pas seulement de nous amener à Notre-Seigneur, mais c’est encore de former Notre-Seigneur dans notre âme ? C’est inadmissible !
Des sacres par fidélité à l’Eglise et aux âmes
Nous pensons que le moment est arrivé pour penser à l’avenir de la Fraternité Saint-Pie X, à l’avenir de toutes les âmes, que nous ne pouvons pas oublier, que nous ne pouvons pas abandonner ; et bien sûr au bien que nous devons et nous pouvons faire à l’Église. Et cela amène une question qu’on se pose depuis longtemps et à laquelle aujourd’hui peut-être il faut donner une réponse. Faut-il encore attendre avant de penser à consacrer des évêques ? Nous avons attendu, prié, observé l’évolution des choses dans l’Église, nous avons demandé conseil.
Nous avons écrit au Saint-Père pour présenter avec simplicité la situation de la Fraternité, expliquer ses besoins et en même temps pour confirmer au Saint-Père notre unique raison d’être : c’est le bien des âmes. Nous avons écrit au Saint-Père : Très Saint-Père, nous n’avons qu’une intention, celle de faire de toutes les âmes qui s’adressent à nous des vrais fils de l’Église catholique et romaine. Nous n’avons jamais d’autre intention et nous garderons toujours cette intention. Et le bien des âmes correspond au bien de l’Église. L’Église n’existe pas dans les nuages. L’Église existe dans les âmes. Ce sont les âmes qui forment l’Église. Et si on aime l’Église, on aime les âmes, on veut leur salut et on veut faire le possible pour leur offrir les moyens de faire leur salut.
Si on aime l’Église, on aime les âmes, on veut leur salut et on veut faire le possible pour leur offrir les moyens de faire leur salut. Allons-nous abandonner les âmes ?
Donc on a écrit au Saint-Père de comprendre cette situation très particulière dans laquelle se trouve la Fraternité et lui laisser prendre les moyens pour continuer cette œuvre dans une situation exceptionnelle, nous le reconnaissons, mais cette œuvre encore une fois n’a pour but que de préserver la Tradition, pour le bien des âmes. Eh bien ces raisons malheureusement ne semblent pas intéresser, ne sont pas convaincantes ; disons que ces raisons n’ont pas trouvé une porte ouverte auprès du Saint-Siège pour l’instant. Nous le regrettons beaucoup ; mais alors qu’est-ce que nous allons faire ? Allons-nous abandonner les âmes ? Allons-nous leur dire qu’il n’y a pas de nécessité, finalement, que la Fraternité continue son œuvre ? Que finalement, tout va à peu près bien, autrement dit, qu’il n’y a plus d’état de nécessité dans l’Église qui justifierait notre apostolat, notre existence, pour secourir l’Église – pas pour la défier, jamais ! On est là pour servir l’Église et on sert l’Église en prêchant la foi et en disant la vérité aux âmes. Et pas en racontant des fables aux âmes.
Pouvons-nous dire aux âmes que malgré tout, tout va bien ? Non ! Cela signifierait trahir les âmes et trahir les âmes signifierait trahir l’Église. Nous ne pouvons pas le faire. C’est pour cela que nous pensons que le 1er juillet prochain pourrait être une bonne date, une date idéale, c’est la fête du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur. C’est la fête de la Rédemption. Nous n’avons rien d’autre qui nous intéresse. C’est ce que nous avons de plus cher, c’est le sang de Notre-Seigneur qui coule de ses pieds sous la croix, sous le bois de la croix et qui a été adoré tout d’abord par Notre-Dame au pied de cette croix et que nous continuons d’adorer au pied de l’autel. C’est la seule chose qui nous intéresse, c’est la seule chose que nous voulons donner aux âmes. Et les âmes ont droit à cela, ce n’est pas un privilège, les âmes ont droit à cela. Nous ne pouvons pas les abandonner.
Les prochains jours, bien sûr, nous comptons vous donner plus de renseignements, plus d’explications. Il faut bien comprendre pourquoi. Il faut bien comprendre l’enjeu de tout cela. C’est capital. Mais en même temps, il faut comprendre cela dans la prière. Cela ne suffit pas de préparer les intelligences. Il ne suffit pas, je dirais, d’une approche apologétique, purement apologétique à tout cela. Il faut préparer les cœurs, nos cœurs, c’est une grâce, c’est une grâce et il faut s’accrocher à cette grâce. Il faut remercier le Bon Dieu, il faut que nous nous préparions. Oui des sacres, des sacres, encore une fois, pas pour défier l’Église, ce n’est pas un défi. Des sacres par fidélité à l’Église et aux âmes.
Défier l’Eglise, jamais ! On est là pour la servir et on sert l’Église en prêchant la foi et en disant la vérité aux âmes.
Et j’ajoute une dernière considération. J’assume, j’assume pleinement la responsabilité de cette décision. Je l’assume, d’abord devant Dieu, je l’assume devant la Très Sainte Vierge, devant Saint Pie X. Je l’assume devant le Pape. J’aimerais un jour, pouvoir rencontrer le pape avant le 1er juillet, j’aimerais lui expliquer, lui faire comprendre nos intentions réelles, profondes, notre attachement à l’Église, qu’il le sache, qu’il le comprenne. Et j’assume cette responsabilité devant l’Église, bien sûr. Et devant la Fraternité, tous les membres de la Fraternité et devant, je le répète encore, toutes les âmes qui d’une manière ou d’une autre, ont recours à nous, nous demandent de l’aide ou nous demanderont de l’aide, toutes ces âmes, toutes ces vocations que la Providence nous a envoyées et qu’elle continue de nous envoyer. J’assume cette responsabilité devant elles aussi, toutes et chacune en particulier, car une âme a une valeur infinie.
Et dans l’Église, ne l’oubliez jamais, dans l’Église, la loi des lois, la loi qui prime sur toutes les autres, c’est le salut des âmes. Ça n’est pas le bavardage, ça n’est pas le synode, ça n’est pas l’œcuménisme, ce ne sont pas les expérimentations liturgiques, les nouvelles idées, les nouvelles évangélisations, c’est le salut des âmes. C’est la loi des lois. Et cette loi nous avons le devoir, tous, chacun à notre place, de l’observer et de nous dépenser totalement pour observer cette loi. Pourquoi (Je termine) ? Parce qu’aujourd’hui, Notre-Dame et Notre-Seigneur nous enseignent que durant leur existence, ici sur terre, ils n’ont eu aucune autre idée, aucun autre but que celui de sauver les âmes. Et comme on disait, d’une manière ou d’une autre, chacun d’entre nous selon ses talents, selon sa place, doit faire tout ce qu’il peut, doit donner sa contribution pour sauver son âme à lui et celle des autres.
Ainsi soit-il.

Don Davide Pagliarani
Supérieur Général FSSPX
La Maison Générale de la FSSPX annonce de futurs sacres
Communiqué du 2 février 2026.
En ce 2 février 2026, fête de la Purification de la sainte Vierge, Monsieur l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, au cours de la cérémonie des prises de soutane qu’il présidait au séminaire international Saint-Curé‑d’Ars, à Flavigny-sur-Ozerain, en France, a annoncé publiquement sa décision de confier aux évêques de la Fraternité le soin de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales, le 1er juillet prochain.
En août dernier, il a sollicité la faveur d’une audience auprès du Saint-Père, lui faisant connaître son désir de lui exposer filialement la situation présente de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Dans un second courrier, il s’est explicitement ouvert sur le besoin particulier de la Fraternité d’assurer la continuation du ministère de ses évêques, qui parcourent le monde depuis près de quarante ans pour répondre aux nombreux fidèles attachés à la Tradition de l’Église et désireux que soient conférés, pour le bien de leurs âmes, les sacrements de l’ordre et de la confirmation.
Après avoir longuement mûri sa réflexion dans la prière, et reçu du Saint-Siège, ces derniers jours, une lettre qui ne répond absolument pas à nos demandes, l’abbé Pagliarani, appuyé sur l’avis unanime de son Conseil, estime que l’état objectif de grave nécessité dans lequel se trouvent les âmes exige une telle décision.
Les mots qu’il écrivait le 21 novembre 2024, pour le cinquantenaire de la déclaration historique de Mgr Marcel Lefebvre, sont plus que jamais le reflet de sa pensée et de ses intentions :
« Ce n’est que dans l’Église de toujours et dans sa Tradition constante que nous trouvons la garantie d’être dans la Vérité, de continuer à la prêcher et à la servir. […]
« La Fraternité [Saint-Pie X] ne recherche pas d’abord sa propre survie : elle cherche principalement le bien de l’Église universelle et, pour cette raison, elle est par excellence une œuvre d’Église, qui avec une liberté et une force uniques, répond adéquatement aux besoins propres d’une époque tragique sans précédent.
« Ce seul but est toujours le nôtre aujourd’hui, au même titre qu’il y a cinquante ans : “C’est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la sainte Église catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures (Mgr Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974).” »
Dans les prochains jours, le Supérieur général fournira des explications complémentaires sur la situation présente et sur sa décision.
« Nos cum Prole pia benedicat Virgo Maria.
Que la Vierge Marie nous bénisse, avec son divin Fils. »
Menzingen, le 2 février 2026
2026–02-02_Communique-de-la-Maison-generalice_FRTélécharger

Don Davide Pagliarani
Supérieur Général FSSPX
Lettre de l’abbé Pagliarani au cardinal Fernández
19 février 2026
Source: FSSPX Actualités

Réponse du Conseil général de la Fraternité Saint-Pie X au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
Menzingen, le 18 février 2026
Mercredi des Cendres
Éminence Révérendissime,
Tout d’abord, je vous remercie de m’avoir reçu le 12 février dernier, ainsi que d’avoir rendu public le contenu de notre rencontre, ce qui favorise une parfaite transparence dans la communication.
Je ne peux qu’accueillir favorablement l’ouverture à une discussion doctrinale, manifestée aujourd’hui par le Saint-Siège, pour la simple raison que c’est moi-même qui l’avais proposée il y a exactement sept ans, dans une lettre datée du 17 janvier 2019 1. À l’époque, le Dicastère n’avait pas vraiment exprimé d’intérêt pour une telle discussion, au motif – exposé oralement – qu’un accord doctrinal entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X était impossible.
Du côté de la Fraternité, une discussion doctrinale était – et demeure toujours – souhaitable et utile. En effet, même si l’on ne parvient pas à se mettre d’accord, des échanges fraternels permettent de mieux se connaître mutuellement, d’affiner et d’approfondir ses propres arguments, de mieux saisir l’esprit et les intentions qui animent les positions de son interlocuteur, surtout son amour réel pour la Vérité, pour les âmes et pour l’Église. Cela vaut, en tout temps, pour les deux parties.
Telle était précisément mon intention, en 2019, lorsque j’ai suggéré une discussion dans un moment serein et pacifique, sans la pression ou la menace d’une éventuelle excommunication qui aurait rendu le dialogue un peu moins libre – ce qui, malheureusement, se produit aujourd’hui.
Cela dit, si je me réjouis, bien sûr, d’une nouvelle ouverture au dialogue et d’une réponse positive à ma proposition de 2019, je ne puis accepter, par honnêteté intellectuelle et fidélité sacerdotale, devant Dieu et devant les âmes, la perspective et les objectifs au nom desquels le Dicastère propose une reprise du dialogue dans la situation actuelle ; ni, d’ailleurs, le report de la date du 1er juillet.
Je vous en expose respectueusement les raisons, auxquelles j’ajouterai quelques considérations complémentaires.
- Nous savons d’avance tous deux que nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur le plan doctrinal, en particulier concernant les orientations fondamentales prises depuis le Concile Vatican II. Ce désaccord, du côté de la Fraternité, ne relève pas d’une simple divergence de vue, mais d’un véritable cas de conscience, né de ce qui s’avère une rupture avec la Tradition de l’Église. Ce nœud complexe est malheureusement devenu encore plus inextricable avec les développements doctrinaux et pastoraux survenus au cours des récents pontificats. Je ne vois donc pas comment un processus de dialogue commun pourrait aboutir à déterminer ensemble ce qui constituerait « les exigences minimales pour la pleine communion avec l’Église catholique », puisque – comme vous l’avez vous-même rappelé avec franchise – les textes du Concile ne peuvent être corrigés, ni la légitimité de la Réforme liturgique remise en cause.
- Ce dialogue est censé permettre de clarifier l’interprétation du Concile Vatican II. Mais celle-ci est déjà clairement donnée dans le post-Concile et les documents successifs du Saint-Siège. Le Concile Vatican II ne constitue pas un ensemble de textes librement interprétables : il a été reçu, développé et appliqué depuis soixante ans, par les papes qui se sont succédé, selon des orientations doctrinales et pastorales précises. Cette lecture officielle s’exprime, par exemple, dans des textes majeurs tels que Redemptor hominis, Ut unum sint, Evangelii gaudium ou Amoris lætitia. Elle se manifeste également dans la Réforme liturgique, comprise à la lumière des principes réaffirmés dans Traditionis custodes.Tous ces documents montrent que le cadre doctrinal et pastoral dans lequel le Saint-Siège entend situer toute discussion est d’ores et déjà déterminé.
- Le dialogue proposé se présente aujourd’hui dans des circonstances qui ne peuvent être ignorées. En effet, nous attendions depuis sept ans un accueil favorable à la proposition de discussion doctrinale formulée en 2019. Plus récemment, nous avons écrit par deux fois au Saint-Père : afin de solliciter d’abord une audience, puis pour exposer avec clarté et respect nos besoins et la situation concrète de la Fraternité. Or, après un long silence, ce n’est qu’au moment où des sacres épiscopaux sont évoqués que l’on propose la reprise d’un dialogue, lequel apparaît donc comme dilatoire et conditionné. En effet, la main tendue de l’ouverture au dialogue s’accompagne malheureusement d’une autre main déjà prête à infliger des sanctions. Il est question de rupture de communion, de schisme 2 et de « graves conséquences ». Qui plus est, cette menace est désormais publique, ce qui crée une pression difficilement compatible avec un vrai désir d’échanges fraternels et de dialogue constructif.
- Par ailleurs, il ne nous paraît pas possible d’entreprendre un dialogue pour définir quels seraient les minima nécessaires à la communion ecclésiale, tout simplement parce que cette tâche ne nous appartient pas. Tout au long des siècles, les critères d’appartenance à l’Église ont été établis et définis par le Magistère. Ce qui devait être cru obligatoirement pour être catholique a toujours été enseigné avec autorité, dans une fidélité constante à la Tradition. Dès lors, on ne voit pas comment ces critères pourraient faire l’objet d’un discernement commun par le moyen d’un dialogue, ni comment ils pourraient être réévalués aujourd’hui au point de ne plus correspondre à ce que la Tradition de l’Église a toujours enseigné, et que nous désirons observer fidèlement, à notre place.
- Enfin, si un dialogue est envisagé en vue d’aboutir à une déclaration doctrinale que la Fraternité puisse accepter, concernant le Concile Vatican II, nous ne pouvons ignorer les précédents historiques des efforts déployés en ce sens. J’attire votre attention en particulier sur le plus récent : le Saint-Siège et la Fraternité ont eu un long parcours de dialogue, commencé en 2009, particulièrement intense pendant deux ans, puis poursuivi de manière plus sporadique jusqu’au 6 juin 2017. Pendant toutes ces années, on a cherché à atteindre ce que le Dicastère propose maintenant. Or, tout s’est finalement terminé de manière drastique par une décision unilatérale du préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Müller, qui, en juin 2017, a solennellement établi, à sa manière, les « minima nécessaires pour la pleine communion avec l’Église catholique », incluant explicitement tout le Concile et le post-Concile 3. Cela montre que, si l’on s’obstine dans un dialogue doctrinal trop forcé et sans suffisamment de sérénité, à long terme, au lieu d’obtenir un résultat satisfaisant, on ne fait qu’aggraver la situation.
Ainsi, dans le constat partagé que nous ne pouvons pas trouver d’accord sur la doctrine, il me semble que le seul point sur lequel nous pouvons nous rejoindre est celui de la charité envers les âmes et envers l’Église.
En tant que cardinal et évêque, vous êtes avant tout un pasteur : permettez-moi de m’adresser à vous à ce titre. La Fraternité est une réalité objective : elle existe. C’est pourquoi, au fil des années, les Souverains Pontifes ont pris acte de cette existence et, par des actes concrets et significatifs, ont reconnu la valeur du bien qu’elle peut accomplir, malgré sa situation canonique. C’est également pour cela que nous nous parlons aujourd’hui.
Cette même Fraternité vous demande uniquement de pouvoir continuer à faire ce même bien aux âmes auxquelles elle administre les saints sacrements. Elle ne vous demande rien d’autre, aucun privilège, ni même une régularisation canonique qui, dans l’état actuel des choses, s’avère impraticable en raison des divergences doctrinales. La Fraternité ne peut pas abandonner les âmes. Le besoin des sacres est un besoin concret à court terme pour la survie de la Tradition, au service de la sainte Église catholique.
Nous pouvons être d’accord sur un point : aucun d’entre nous ne souhaite rouvrir des blessures. Je ne répéterai pas ici tout ce que nous avons déjà exprimé dans la lettre adressée au pape Léon XIV, et dont vous avez directement connaissance. Je souligne seulement que, dans la situation présente, la seule voie réellement praticable est celle de la charité.
Au cours de la dernière décennie, le pape François et vous-même avez abondamment prôné « l’écoute » et la compréhension des situations particulières, complexes, exceptionnelles, étrangères aux schémas ordinaires. Vous avez également souhaité une utilisation du droit qui soit toujours pastorale, flexible et raisonnable, sans prétendre tout résoudre par des automatismes juridiques et des schémas préétablis. La Fraternité ne vous demande rien d’autre dans le moment présent – et surtout elle ne le demande pas pour elle-même : elle le demande pour ces âmes dont, comme déjà promis au Saint-Père, elle n’a d’autre intention que de faire de véritables enfants de l’Église romaine.
Enfin, il est un autre point sur lequel nous sommes également d’accord, et qui doit nous encourager : le temps qui nous sépare du 1er juillet est celui de la prière. C’est un moment où nous implorons du Ciel une grâce spéciale et, de la part du Saint-Siège, de la compréhension. Je prie en particulier pour vous le Saint-Esprit et – ne le prenez pas comme une provocation – son épouse très sainte, la Médiatrice de toutes les grâces.
Je tiens à vous remercier sincèrement pour l’attention que vous m’avez accordée, et pour l’intérêt que vous voudrez bien porter à la présente question.
Veuillez agréer, Éminence Révérendissime, l’expression de mes salutations les plus distinguées et de mon dévouement dans le Seigneur.
Davide Pagliarani, Supérieur général
+ Alfonso de Galarreta, Premier Assistant général
Christian Bouchacourt, Second Assistant général
+ Bernard Fellay, Premier Conseiller général, Ancien Supérieur général
Franz Schmidberger, Second Conseiller général, Ancien Supérieur général