{"id":314,"date":"2022-07-21T16:13:21","date_gmt":"2022-07-21T14:13:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/?p=314"},"modified":"2022-07-21T16:16:41","modified_gmt":"2022-07-21T14:16:41","slug":"dilecta-mea-a-propos-de-la-sainte-messe-apostolique-par-mgr-carlo-maria-vigano","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/2022\/07\/21\/dilecta-mea-a-propos-de-la-sainte-messe-apostolique-par-mgr-carlo-maria-vigano\/","title":{"rendered":"[Medias-Presse Info] Dilecta Mea &#8212; A propos de la Sainte Messe Apostolique, par Mgr Carlo Maria Vigan\u00f2"},"content":{"rendered":"\n<p>dans <a href=\"https:\/\/www.medias-presse.info\/category\/religion-catholique\/\">Religion Catholique<\/a>\u2014 par <a href=\"https:\/\/www.medias-presse.info\/author\/fabien\/\">Fabien Laurent<\/a>\u2014 14 janvier 2022<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.medias-presse.info\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/mgr_vigano_30_09_2021.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-151395\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Aujourd\u2019hui plus que jamais, la Sainte Messe tridentine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>est l\u2019unique ancre de salut pour le Sacerdoce catholique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous qui vous permettez d\u2019interdire la Sainte Messe apostolique, l\u2019avez-vous jamais c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ? Vous qui, du haut de vos chaires liturgiques, prononcez des jugements p\u00e9remptoires sur la \u00ab&nbsp;vieille Messe&nbsp;\u00bb, avez-vous jamais m\u00e9dit\u00e9 sur ses pri\u00e8res, ses rites, ses gestes anciens et sacr\u00e9s ? Je me suis pos\u00e9 cette question \u00e0 plusieurs reprises ces derni\u00e8res ann\u00e9es ; parce que moi-m\u00eame, qui connais cette Messe depuis mon enfance, qui, lorsque je portais encore des pantalons courts, avais appris \u00e0 la servir et \u00e0 r\u00e9pondre au c\u00e9l\u00e9brant, je l\u2019avais presque oubli\u00e9e et perdue. <em>Introibo ad altare Dei<\/em>. A genoux sur les marches glac\u00e9es de l\u2019autel avant d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole en hiver ; transpirant sous ma robe d\u2019enfant de ch\u0153ur dans la canicule de certains jours d\u2019\u00e9t\u00e9. Je l\u2019avais oubli\u00e9e, cette Messe, bien qu\u2019elle f\u00fbt celle de mon Ordination, le 24 mars 1968 : une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on percevait d\u00e9j\u00e0 les signes de cette r\u00e9volution qui sous peu allait priver l\u2019\u00c9glise de son tr\u00e9sor le plus pr\u00e9cieux pour imposer un rite contrefait.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft\"><a href=\"https:\/\/medias-culture-et-patrimoine.com\/collections\/doctrine-livres\/products\/un-archeveque-parle-textes-de-mgr-carlo-maria-vigano-2020-2021\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.medias-presse.info\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/livre_vigano.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-152085\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Eh bien, cette Messe, que la r\u00e9forme conciliaire a effac\u00e9e et interdite dans mes premi\u00e8res ann\u00e9es de Sacerdoce, demeurait comme un souvenir lointain, comme le sourire d\u2019un \u00eatre cher \u00e9loign\u00e9, le regard d\u2019un parent disparu, le son d\u2019un dimanche avec ses cloches, ses voix amicales. Mais c\u2019\u00e9tait quelque chose qui relevait de la nostalgie, de la jeunesse, de l\u2019enthousiasme d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les engagements eccl\u00e9siastiques \u00e9taient encore \u00e0 venir, o\u00f9 nous voulions tous croire que le monde pouvait se relever de l\u2019apr\u00e8s-guerre et de la menace du Communisme avec un \u00e9lan spirituel renouvel\u00e9. Nous voulions croire que la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique pouvait en quelque sorte s\u2019accompagner d\u2019une renaissance morale et religieuse du Pays. Malgr\u00e9 les soixante-huitards, les occupations [d\u2019usines ou d\u2019universit\u00e9s], le terrorisme, les Brigades Rouges, la crise du Moyen-Orient. Ainsi, parmi les nombreux engagements eccl\u00e9siastiques et diplomatiques, s\u2019\u00e9tait cristallis\u00e9 dans ma m\u00e9moire le souvenir de quelque chose qui \u00e9tait rest\u00e9 en fait non r\u00e9solu, mis \u00ab&nbsp;temporairement&nbsp;\u00bb de c\u00f4t\u00e9, pendant des d\u00e9cennies. Quelque chose qui attendait patiemment, avec l\u2019indulgence que seul Dieu utilise \u00e0 notre \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma d\u00e9cision de d\u00e9noncer les scandales des Pr\u00e9lats am\u00e9ricains et de la Curie Romaine a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer, sous un jour diff\u00e9rent, non seulement mon r\u00f4le d\u2019Archev\u00eaque et de Nonce Apostolique, mais aussi l\u2019\u00e2me de ce Sacerdoce que mon service au Vatican d\u2019abord et plus r\u00e9cemment aux \u00c9tats-Unis avait en quelque sorte laiss\u00e9 incomplet : plus pour <em>mon<\/em> \u00eatre de pr\u00eatre que pour le minist\u00e8re. Et ce que je n\u2019avais pas compris jusqu\u2019alors m\u2019est apparu clairement \u00e0 travers une circonstance apparemment inattendue, lorsque ma s\u00e9curit\u00e9 personnelle semblait menac\u00e9e et que je me suis retrouv\u00e9, malgr\u00e9 moi, \u00e0 devoir vivre presque cach\u00e9, loin des palais de la Curie. Ce fut alors que cette s\u00e9gr\u00e9gation b\u00e9nie, que je consid\u00e8re maintenant comme une sorte de choix monastique, m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 red\u00e9couvrir la Sainte Messe tridentine. Je me souviens bien du jour o\u00f9, au lieu de la chasuble moderne, j\u2019ai rev\u00eatu les ornements traditionnels, avec le <em>cappino<\/em> ambrosien et le manipule : je me souviens de la crainte que j\u2019ai ressentie en pronon\u00e7ant, apr\u00e8s presque cinquante ans, ces pri\u00e8res du Missel qui ressurgissaient dans ma bouche comme si je les avais r\u00e9cit\u00e9es peu de temps auparavant. <em>Confitemini Domino, quoniam bonus<\/em>, au lieu du psaume <em>Judica me, Deus<\/em> du rite romain. <em>Munda cor meum ac labia mea<\/em>. Ces paroles n\u2019\u00e9taient plus celles de l\u2019enfant de ch\u0153ur ou du jeune s\u00e9minariste, mais celles du c\u00e9l\u00e9brant, celles que je pronon\u00e7ais moi-m\u00eame, qui, de nouveau, j\u2019oserais dire pour <em>la premi\u00e8re fois<\/em>, c\u00e9l\u00e9brais devant la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9. Car il est bien vrai que le pr\u00eatre est une personne qui vit essentiellement pour les autres \u2013 pour Dieu et pour le prochain \u2013 mais il est \u00e9galement vrai que s\u2019il n\u2019est pas conscient de sa propre identit\u00e9 et ne cultive pas sa propre saintet\u00e9, son apostolat est aussi st\u00e9rile que le tintement d\u2019une cymbale.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais que ces r\u00e9flexions peuvent laisser impassible, voire susciter la piti\u00e9, chez ceux qui n\u2019ont jamais eu la gr\u00e2ce de c\u00e9l\u00e9brer la Messe de toujours. Mais la m\u00eame chose arrive, j\u2019imagine, \u00e0 ceux qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 amoureux et ne comprennent pas l\u2019enthousiasme et le chaste transport du bien-aim\u00e9 vers sa bien-aim\u00e9e, pour ceux qui ne connaissent pas la joie de se perdre dans ses yeux. Le morne liturgiste romain, le Pr\u00e9lat avec son clergyman taill\u00e9 sur mesure et sa croix pectorale dans sa poche de poitrine, le consulteur de Congr\u00e9gation avec le dernier exemplaire de <em>Concilium<\/em> ou de la <em>Civilt\u00e0 Cattolica<\/em> bien en vue, regardent la Messe de saint Pie V avec les yeux de l\u2019entomologiste (la science de l\u2019\u00e9tude des insectes), scrutant ce Missel comme un botaniste observe les nervures d\u2019une feuille ou les ailes d\u2019un papillon. Je me demande parfois s\u2019ils ne le font pas avec l\u2019insensibilit\u00e9 du chirurgien qui d\u00e9coupe avec son bistouri un corps vivant. Mais si un pr\u00eatre dot\u00e9 d\u2019un minimum de vie int\u00e9rieure s\u2019approche de l\u2019ancienne Messe, qu\u2019il l\u2019ait toujours connue ou qu\u2019il la d\u00e9couvre pour la premi\u00e8re fois, il est profond\u00e9ment secou\u00e9 par l\u2019ineffable majest\u00e9 du rite, comme s\u2019il sortait du temps pour entrer dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je voudrais que mes Fr\u00e8res dans l\u2019\u00c9piscopat et dans le Sacerdoce comprennent, c\u2019est que cette Messe est intrins\u00e8quement divine, car on y per\u00e7oit le sacr\u00e9 de mani\u00e8re visc\u00e9rale : on est litt\u00e9ralement ravi au ciel, en pr\u00e9sence de la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9 et de la Cour c\u00e9leste, loin du bruit du monde. C\u2019est un chant d\u2019amour, dans lequel la r\u00e9p\u00e9tition des signes, des r\u00e9v\u00e9rences, des mots sacr\u00e9s n\u2019a rien d\u2019inutile, tout comme la m\u00e8re ne se lasse pas d\u2019embrasser son enfant, la mari\u00e9e de r\u00e9p\u00e9ter \u00ab&nbsp;Je t\u2019aime&nbsp;\u00bb \u00e0 son \u00e9poux. Tout est oubli\u00e9, car tout ce qui y est dit et chant\u00e9 est \u00e9ternel, tous les gestes qui y sont pos\u00e9s sont p\u00e9rennes, hors de l\u2019histoire, et pourtant immerg\u00e9s dans un <em>continuum<\/em> qui unit le C\u00e9nacle, le Calvaire et l\u2019autel sur lequel on c\u00e9l\u00e8bre. Le c\u00e9l\u00e9brant ne s\u2019adresse pas \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e, avec le souci d\u2019\u00eatre compr\u00e9hensible ou de se rendre sympathique ou de para\u00eetre \u00e0 la page, mais \u00e0 Dieu : et devant Dieu, il n\u2019y a que le sentiment d\u2019une infinie gratitude pour le privil\u00e8ge de pouvoir porter avec soi les pri\u00e8res du peuple chr\u00e9tien, les joies et les peines de tant d\u2019\u00e2mes, les p\u00e9ch\u00e9s et les manquements de ceux qui implorent le pardon et la mis\u00e9ricorde, la reconnaissance pour les gr\u00e2ces re\u00e7ues, les suffrages pour nos chers d\u00e9funts. Nous sommes seuls, et en m\u00eame temps nous nous sentons intimement unis \u00e0 une foule innombrable d\u2019\u00e2mes traversant le temps et l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je c\u00e9l\u00e8bre la Messe apostolique, je prends conscience que sur ce m\u00eame autel, consacr\u00e9 par les reliques des Martyrs, tant de Saints et des milliers de pr\u00eatres ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9, en utilisant les m\u00eames mots que moi, en r\u00e9p\u00e9tant les m\u00eames gestes, en faisant les m\u00eames inclinations et g\u00e9nuflexions, en rev\u00eatant les m\u00eames ornements. Mais surtout, en communiant au m\u00eame Corps et Sang de Notre Seigneur, auquel nous avons tous \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s dans l\u2019offrande du Saint Sacrifice. Quand je c\u00e9l\u00e8bre la Messe de toujours, je r\u00e9alise de la mani\u00e8re la plus sublime et la plus compl\u00e8te le vrai sens de ce que la doctrine nous enseigne. Agir <em>in persona Christi<\/em> n\u2019est pas une r\u00e9p\u00e9tition m\u00e9canique d\u2019une formule, mais la conscience que ma bouche prof\u00e8re les m\u00eames paroles que le Sauveur a prononc\u00e9es sur le pain et le vin au C\u00e9nacle ; qu\u2019en \u00e9levant vers le P\u00e8re l\u2019Hostie et le Calice, je r\u00e9p\u00e8te l\u2019immolation que le Christ a faite de Lui-m\u00eame sur la Croix ; qu\u2019en communiant, je consomme la Victime sacrificielle, je me nourris de Dieu, et je ne participe pas \u00e0 un repas festif. Et avec moi, il y a toute l\u2019\u00c9glise : l\u2019\u00c9glise triomphante qui daigne s\u2019unir \u00e0 ma pri\u00e8re implorante, l\u2019\u00c9glise souffrante qui attend ma pri\u00e8re pour abr\u00e9ger le s\u00e9jour des \u00e2mes au Purgatoire, l\u2019\u00c9glise militante qui se fortifie dans le combat spirituel quotidien. Mais si vraiment, comme nous le professons avec foi, notre bouche est la bouche du Christ, si vraiment nos paroles dans la Cons\u00e9cration sont celles du Christ, si les mains avec lesquelles nous touchons la sainte Hostie et le Calice sont les mains du Christ, quel respect devons-nous avoir pour notre corps, en le gardant pur et incontamin\u00e9&nbsp;? Quel meilleur stimulant pour rester dans la Gr\u00e2ce de Dieu ? <em>Mundamini, qui fertis vasa Domini<\/em>. Et avec les mots du Missel : <em>Aufer a nobis, qu\u00e6sumus, Domine, iniquitates nostras<\/em> : <em>ut ad sancta sanctorum puris mereamur mentibus introire<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9ologien me dira qu\u2019il s\u2019agit de la doctrine commune, et que la Messe est exactement cela, quel que soit le rite. Je ne le nie pas, rationnellement. Mais alors que la c\u00e9l\u00e9bration de la Messe tridentine est un rappel constant d\u2019une continuit\u00e9 ininterrompue de l\u2019\u0153uvre de la R\u00e9demption parsem\u00e9e de Saints et de Bienheureux, il ne me semble pas qu\u2019il en soit de m\u00eame avec le rite r\u00e9form\u00e9. Si je regarde la table <em>versus populum<\/em>, j\u2019y vois l\u2019autel luth\u00e9rien ou la table protestante ; si je lis les paroles de l\u2019Institution de la Derni\u00e8re C\u00e8ne sous la forme d\u2019un r\u00e9cit, j\u2019y entends les changements du <em>Common Book of Prayer <\/em>de Cranmer, et le service de Calvin ; si je fais d\u00e9filer le calendrier r\u00e9form\u00e9, j\u2019y trouve expurg\u00e9s les m\u00eames Saints que les h\u00e9r\u00e9tiques de la Pseudo-R\u00e9forme ont effac\u00e9s. De m\u00eame pour les cantiques, qui horrifieraient un Catholique anglais ou allemand : entendre sous les vo\u00fbtes d\u2019une \u00e9glise les chants de ceux qui ont martyris\u00e9 nos pr\u00eatres et pi\u00e9tin\u00e9 le Saint Sacrement au m\u00e9pris de la \u00ab&nbsp;superstition papiste&nbsp;\u00bb devrait faire comprendre le foss\u00e9 qui s\u00e9pare la Messe catholique de sa contrefa\u00e7on conciliaire. Sans parler de la langue : les premiers \u00e0 abolir le latin furent pr\u00e9cis\u00e9ment les h\u00e9r\u00e9tiques, au nom d\u2019une meilleure compr\u00e9hension des rites pour le peuple ; un peuple qu\u2019ils ont tromp\u00e9, remettant en cause la V\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et propageant l\u2019erreur. Tout est profane dans le <em>Novus Ordo<\/em>. Tout est momentan\u00e9, tout est accidentel, tout est contingent, variable, changeant. Il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9ternel, car l\u2019\u00e9ternit\u00e9 est immuable, tout comme la Foi est immuable. Comme Dieu est immuable.<\/p>\n\n\n\n<p>*Il y a un autre aspect de la Sainte Messe traditionnelle que je voudrais souligner, qui nous unit aux Saints et Martyrs du pass\u00e9. Depuis le temps des catacombes et jusqu\u2019aux derni\u00e8res pers\u00e9cutions, partout o\u00f9 un pr\u00eatre c\u00e9l\u00e8bre le Saint Sacrifice, f\u00fbt-ce dans un grenier ou une cave, dans la brousse, dans une grange ou m\u00eame dans une camionnette, il est mystiquement en communion avec cette foule de t\u00e9moins h\u00e9ro\u00efques de la Foi, et sur cet autel improvis\u00e9 repose le regard de la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9, devant lui toutes les arm\u00e9es ang\u00e9liques se prosternent en adoration, vers lui les \u00e2mes du Purgatoire tournent leurs regards. En cela aussi, et surtout en cela, chacun de nous comprend comment la Tradition cr\u00e9e un lien indissoluble \u00e0 travers les si\u00e8cles, non seulement dans la garde jalouse de ce tr\u00e9sor, mais aussi dans l\u2019endurance des \u00e9preuves que cela comporte, f\u00fbt-ce la mort. Face \u00e0 cette pens\u00e9e, l\u2019arrogance du tyran, avec ses d\u00e9crets d\u00e9lirants, doit nous renforcer dans notre fid\u00e9lit\u00e9 au Christ et nous faire sentir que nous faisons partie de l\u2019\u00c9glise de tous les temps, car on ne peut pas remporter la palme de la victoire si on n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 combattre le <em>bonum certamen.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais que mes Confr\u00e8res osent l\u2019impensable : je voudrais qu\u2019ils s\u2019approchent de la Messe tridentine non pas pour se r\u00e9jouir de la dentelle d\u2019un surplis ou de la broderie d\u2019une chasuble, ou par simple conviction rationnelle de sa l\u00e9gitimit\u00e9 canonique ou du fait qu\u2019elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 abolie, mais avec la crainte r\u00e9v\u00e9rencielle avec laquelle Mo\u00efse s\u2019est approch\u00e9 du buisson ardent : sachant que chacun d\u2019entre nous, en redescendant de l\u2019autel apr\u00e8s le dernier \u00c9vangile, est en quelque sorte int\u00e9rieurement transfigur\u00e9 parce qu\u2019il y a rencontr\u00e9 le Saint des Saints. Ce n\u2019est que l\u00e0, sur ce Sina\u00ef mystique, que nous pouvons comprendre l\u2019essence m\u00eame de notre Sacerdoce, qui est avant tout don de soi \u00e0 Dieu, oblation de tout son \u00eatre avec le Christ Victime, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des \u00e2mes&nbsp;; sacrifice spirituel qui tire force et vigueur de la Messe ; abn\u00e9gation pour laisser la place au Grand Pr\u00eatre ; signe de v\u00e9ritable humilit\u00e9, dans l\u2019an\u00e9antissement de la volont\u00e9 propre et l\u2019abandon \u00e0 la volont\u00e9 du P\u00e8re, \u00e0 l\u2019exemple du Seigneur ; geste d\u2019authentique \u00ab&nbsp;communion&nbsp;\u00bb avec les Saints, en partageant la m\u00eame profession de Foi et le m\u00eame rite. Et je voudrais que cette \u00ab&nbsp;exp\u00e9rience&nbsp;\u00bb soit v\u00e9cue non seulement par ceux qui c\u00e9l\u00e8brent le <em>Novus Ordo<\/em> depuis des d\u00e9cennies, mais surtout par les jeunes pr\u00eatres et par ceux qui exercent leur minist\u00e8re en premi\u00e8re ligne : la Messe de Saint Pie V est destin\u00e9e aux esprits indomptables, aux \u00e2mes g\u00e9n\u00e9reuses et h\u00e9ro\u00efques, aux c\u0153urs br\u00fblant de Charit\u00e9 pour Dieu et pour le prochain.<\/p>\n\n\n\n<p>Je le sais bien : la vie des pr\u00eatres d\u2019aujourd\u2019hui est faite de mille \u00e9preuves, de stress, du sentiment d\u2019\u00eatre seul \u00e0 lutter contre le monde, dans le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat et l\u2019ostracisme des sup\u00e9rieurs, d\u2019une lente usure qui d\u00e9tourne du recueillement, de la vie int\u00e9rieure, de la croissance spirituelle. Et je sais tr\u00e8s bien que ce sentiment d\u2019\u00eatre assi\u00e9g\u00e9, ou comme un marin solitaire devant diriger un navire en pleine temp\u00eate, n\u2019est pas l\u2019apanage des traditionalistes ni des progressistes, mais c\u2019est le destin commun de tous ceux qui ont offert leur vie au Seigneur et \u00e0 l\u2019\u00c9glise, chacun avec ses propres mis\u00e8res, ses probl\u00e8mes \u00e9conomiques, ses malentendus avec l\u2019\u00e9v\u00eaque, les critiques des fr\u00e8res, les demandes des fid\u00e8les. Et ces heures de solitude, o\u00f9 la pr\u00e9sence de Dieu et la compagnie de la Vierge semblent dispara\u00eetre, comme dans la nuit obscure de saint Jean de la Croix. <em>Quare me repulisti ? Et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?<\/em> Quand le diable serpente malicieusement entre Internet et la t\u00e9l\u00e9vision,<em> qu\u00e6rens quem devoret<\/em>, profitant perfidement de notre fatigue. Dans ces cas, auxquels nous sommes tous confront\u00e9s comme Notre Seigneur \u00e0 Geths\u00e9mani, c\u2019est notre Sacerdoce que Satan veut frapper, se pr\u00e9sentant de mani\u00e8re persuasive comme Salom\u00e9 devant H\u00e9rode, nous demandant en cadeau la t\u00eate du Baptiste. <em>Ab homine iniquo<\/em>, <em>et doloso erue me<\/em>. Dans l\u2019\u00e9preuve, nous sommes tous \u00e9gaux : car la victoire que l\u2019Ennemi veut remporter n\u2019est pas seulement sur nos pauvres \u00e2mes baptis\u00e9es, mais sur le Christ Pr\u00eatre, dont nous portons l\u2019Onction.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi, aujourd\u2019hui plus que jamais, la Sainte Messe tridentine est l\u2019unique ancre de salut pour le Sacerdoce catholique, parce qu\u2019en elle le pr\u00eatre rena\u00eet, chaque jour, dans ce temps privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019union intime avec la Trinit\u00e9 bienheureuse, et il y puise les gr\u00e2ces indispensables pour ne pas tomber dans le p\u00e9ch\u00e9, pour progresser sur le chemin de la saintet\u00e9, pour trouver le sain \u00e9quilibre avec lequel affronter le Minist\u00e8re. Croire que tout cela puisse \u00eatre \u00e9cart\u00e9 comme une simple question de c\u00e9r\u00e9monial ou d\u2019esth\u00e9tique, c\u2019est n\u2019avoir rien compris \u00e0 sa Vocation. Parce que la Sainte Messe de \u00ab&nbsp;toujours&nbsp;\u00bb \u2013 et elle l\u2019est vraiment, de m\u00eame que depuis toujours elle est combattue par l\u2019Adversaire \u2013 n\u2019est pas une amante complaisante qui s\u2019offre \u00e0 n\u2019importe qui, mais une \u00e9pouse jalouse et chaste, comme est jaloux le Seigneur.<\/p>\n\n\n\n<p>Voulez-vous plaire \u00e0 Dieu ou \u00e0 ceux qui vous \u00e9loignent de Lui ? La question, apr\u00e8s tout, est toujours celle-ci : le choix entre le doux joug du Christ et les cha\u00eenes de l\u2019esclavage de l\u2019adversaire. La r\u00e9ponse vous appara\u00eetra claire et limpide, lorsque vous aussi, \u00e9merveill\u00e9s par ce tr\u00e9sor incommensurable qui vous a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9, vous d\u00e9couvrirez ce que signifie c\u00e9l\u00e9brer le Saint Sacrifice non pas comme de path\u00e9tiques \u00ab&nbsp;pr\u00e9sidents d\u2019assembl\u00e9e&nbsp;\u00bb, mais comme \u00ab&nbsp;ministres du Christ et dispensateurs des Myst\u00e8res de Dieu&nbsp;\u00bb (I Cor 4,1).<\/p>\n\n\n\n<p>Prenez le Missel en main, demandez l\u2019aide d\u2019un pr\u00eatre ami et gravissez la montagne de la Transfiguration : <em>Emitte lucem tuam et veritatem tuam : ipsa me deduxerunt, et adduxerunt in montem sanctum tuum<\/em>, <em>et in tabernacula tua.<\/em> Comme Pierre, Jacques et Jean, vous vous \u00e9crierez : <em>Domine, bonum est nos hic esse, \u00ab&nbsp;Seigneur, il est bon que nous restions ici<\/em>\u00ab&nbsp;. (Mt 17, 4). Ou, selon les paroles du Psalmiste que le c\u00e9l\u00e9brant r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l\u2019Offertoire : <em>Domine, dilexi decorem domus tu\u00e6, et locum habitationis glori\u00e6 tu\u00e6.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quand vous aurez d\u00e9couvert cela, personne ne pourra vous enlever ce pourquoi le Seigneur ne vous appelle plus <em>serviteurs<\/em> mais <em>amis<\/em> (Jn 15,15). Personne ne pourra jamais vous persuader d\u2019y renoncer, vous obligeant \u00e0 vous contenter de son adult\u00e9ration engendr\u00e9e par des esprits rebelles. <em>Eratis enim aliquando tenebr\u00e6 : nunc enim lux in Domino. Ut filii lucis ambulate.<\/em> \u00ab&nbsp;Si vous \u00e9tiez autrefois t\u00e9n\u00e8bres, vous \u00eates maintenant lumi\u00e8re dans le Seigneur. Conduisez-vous donc comme des enfants de lumi\u00e8re&nbsp;\u00bb (Ep 5, 8). <em>Propter quod dicit : Surge qui dormis, et exsurge a mortuis, et illuminabit te Christus.<\/em> \u00ab&nbsp;C\u2019est pourquoi il est \u00e9crit : R\u00e9veille-toi, toi qui dors, l\u00e8ve-toi d\u2019entre les morts, et le Christ brillera sur toi&nbsp;\u00bb (Ep 5, 14).<\/p>\n\n\n\n<p>+ Carlo Maria Vigan\u00f2, Archev\u00eaque<\/p>\n\n\n\n<p>2 janvier 2022, <em>Sanctissimi Nominis JESU<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9Traduction de F.de Villasmundo relue et corrig\u00e9e par Mgr Vigan\u00f2 \u2013 <strong>Copyright MPI : <\/strong>en cas de reprise partielle, merci d\u2019indiquer la source<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>dans Religion Catholique\u2014 par Fabien Laurent\u2014 14 janvier 2022 Aujourd\u2019hui plus que jamais, la Sainte Messe tridentine est l\u2019unique ancre de salut pour le Sacerdoce catholique Vous qui vous permettez d\u2019interdire la Sainte Messe apostolique, l\u2019avez-vous jamais c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ? Vous qui, du haut de vos chaires liturgiques, prononcez des jugements p\u00e9remptoires sur la \u00ab&nbsp;vieille Messe&nbsp;\u00bb, &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/2022\/07\/21\/dilecta-mea-a-propos-de-la-sainte-messe-apostolique-par-mgr-carlo-maria-vigano\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">[Medias-Presse Info] Dilecta Mea &#8212; A propos de la Sainte Messe Apostolique, par Mgr Carlo Maria Vigan\u00f2<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[30],"tags":[],"class_list":["post-314","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-media-press-info"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=314"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":318,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314\/revisions\/318"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}