{"id":677,"date":"2025-11-14T09:02:50","date_gmt":"2025-11-14T08:02:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/?p=677"},"modified":"2025-11-14T09:02:51","modified_gmt":"2025-11-14T08:02:51","slug":"disputationes-theologicaequand-la-volonte-force-lintelligence-a-se-tromper","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/2025\/11\/14\/disputationes-theologicaequand-la-volonte-force-lintelligence-a-se-tromper\/","title":{"rendered":"[Disputationes theologicae]Quand la volont\u00e9 force l\u2019intelligence&#8230; \u00e0 se tromper"},"content":{"rendered":"\n<p><em>par<\/em>&nbsp;Disputationes theologicae<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Indications pour une \u00e9poque de subjectivisme d\u00e9brid\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pentec\u00f4te 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/image.over-blog.com\/Ca-_bb2QVM6J5CRhQEomY4QNjy8=\/filters:no_upscale()\/image%2F1495572%2F20250724%2Fob_2e1fe0_untitled-project.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">C&rsquo;est Pie XIII ! \/ C&rsquo;est Fran\u00e7ois II !<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Nous nous rendons tous compte, par un simple retour honn\u00eate sur nous-m\u00eames, qu&rsquo;en de nombreuses occasions, certaines des \u00e9tapes qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 nos choix et positionnements intellectuels \u00e9taient vici\u00e9es. Nous ne parlons pas ici simplement de l&rsquo;influence des passions sur notre agir moral, nous ne parlons pas du cas, plus simple \u00e0 expliquer, o\u00f9 le diab\u00e9tique presque irr\u00e9sistiblement attir\u00e9 par le g\u00e2teau au chocolat finit par c\u00e9der, en reconnaissant sa propre faiblesse, et par manger non seulement la part qui lui est accord\u00e9e, mais quatre parts de g\u00e2teau. Mais nous parlons du cas, plus complexe \u00e0 d\u00e9finir et encore plus \u00e0 reconna\u00eetre en soi m\u00eame, du diab\u00e9tique qui, ne voulant pas reconna\u00eetre sa faiblesse devant les sucreries, pour manger la quatri\u00e8me part de g\u00e2teau, finit par \u00e9laborer une fausse structure de pens\u00e9e, selon laquelle dans ce g\u00e2teau il n&rsquo;y a pas de sucres nocifs pour lui, de sorte qu&rsquo;il peut passer sereinement &#8211; compte tenu des pr\u00e9misses&nbsp;<em>choisies<\/em>&nbsp;par lui &#8211; m\u00eame \u00e0 la cinqui\u00e8me, \u00e0 la sixi\u00e8me, \u00e0 la septi\u00e8me part.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Nous avons dit \u00ab&nbsp;compte tenu des pr\u00e9misses&nbsp;<em>choisies<\/em>&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cis\u00e9ment pour indiquer que si les pr\u00e9misses ont \u00e9t\u00e9&nbsp;<em>choisies<\/em>, ou du moins trop&nbsp;<em>choisies<\/em>, il est clair que la conclusion a \u00e9t\u00e9 plus ou moins d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment&nbsp;<em>orient\u00e9e<\/em>. Nous avons dit \u00ab&nbsp;plus ou moins d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment&nbsp;\u00bb, parce que le ph\u00e9nom\u00e8ne est complexe et que, surtout \u00e0 une \u00e9poque comme la n\u00f4tre de subjectivisme d\u00e9brid\u00e9 et d&rsquo;imp\u00e9rialisme m\u00e9diatique d&rsquo;internet, le retour de chacun sur les mouvements de sa propre volont\u00e9 est devenu beaucoup plus n\u00e9buleux et n&rsquo;est pas toujours pleinement conscient.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, l&rsquo;immanentisme dominant nous fait percevoir comme existant presque uniquement ce que&nbsp;<em>nous ressentons \u00e9motionnellement<\/em>, ce que&nbsp;<em>nous vivons au plus profond de nous-m\u00eames<\/em>, n\u00e9gligeant ou m\u00eame \u00e9liminant toute la partie de la r\u00e9alit\u00e9 objective qui n&rsquo;est pas associ\u00e9e \u00e0 des \u00e9motions entrainantes ou qui reste d&rsquo;une certaine mani\u00e8re&nbsp;<em>inconfortable<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que l\u2019imp\u00e9rialisme m\u00e9diatique constitue un facteur de pression suppl\u00e9mentaire sur l\u2019intelligence, celle-ci se retrouve litt\u00e9ralement assi\u00e9g\u00e9e et, bien souvent, ne parvient plus \u00e0 fonctionner correctement en lien avec la volont\u00e9. Elle se voit alors pouss\u00e9e \u00e0 des conclusions impos\u00e9es par ce qu\u2019on appelle l\u2019\u00ab opinion des masses \u00bb ou plut\u00f4t &#8211; comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises dans ces colonnes &#8211; l\u2019opinion de ses habiles manipulateurs. Ceux-ci, incapables d\u2019agir directement sur l\u2019intelligence, la d\u00e9tournent en passant par la volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l&rsquo;intelligence et la volont\u00e9 &#8211; disait avec simplicit\u00e9 le cardinal Caffarra avant de se lancer dans les aspects th\u00e9or\u00e9tiques \u2013 \u00ab&nbsp;<em>m\u00eame une petite attention \u00e0 notre vie int\u00e9rieure nous montre qu&rsquo;il y a une influence causale r\u00e9ciproque : personne ne comprend rien s&rsquo;il ne veut pas comprendre; personne ne peut vouloir ce qu&rsquo;il ignore<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/disputationes.over-blog.com\/2025\/07\/quand-la-volonte-force-l-intelligence.a-se-tromper.html#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Personne ne comprend rien s&rsquo;il ne veut pas comprendre&nbsp;<\/em>\u00bb<em>.<\/em>&nbsp;On peut choisir de ne pas comprendre, et m\u00eame pour ainsi dire de \u00ab&nbsp;<em>ne rien comprendre<\/em>&nbsp;\u00bb. En fait, on peut m\u00eame faire le choix terrible de s&rsquo;enfoncer volontairement dans le vide intellectuel au sujet de ce qui est le plus important dans la vie de l&rsquo;homme : la Fin ultime. Et pour celui qui ne veut pas comprendre la Fin ultime, il n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire, avec les pr\u00e9cisions qui s&rsquo;imposent, qu&rsquo;il s\u2019est mis dans la condition de \u00ab&nbsp;<em>ne rien comprendre&nbsp;<\/em>\u00bb. La&nbsp;formule provocatrice du cardinal Caffarra est appropri\u00e9e, et il la d\u00e9veloppe en se r\u00e9f\u00e9rant au passage classique de saint Thomas dans le&nbsp;<em>Contra Gentes<\/em>&nbsp;(l. IV, ch. 54), selon lequel certains hommes sont presque bloqu\u00e9s dans leur r\u00e9flexion sur la Fin ultime. Ils n\u2019arrivent pas \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu&rsquo;est-ce qui peut les bloquer, puisqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas ici de limites intellectuelles, au contraire ce blocage peut se produire &#8211; et de fait se produit &#8211; chez des personnes tr\u00e8s intelligentes, des sommit\u00e9s de la science, des acad\u00e9miciens, qui finissent par \u00ab&nbsp;<em>ne rien comprendre<\/em>&nbsp;\u00bb? Et de surcro\u00eet, volontairement.<\/p>\n\n\n\n<p>La distance infinie de la Fin ultime peut, selon saint Thomas, d\u00e9courager la recherche intellectuelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire que certains hommes se d\u00e9couragent (mais n&rsquo;oublions pas que le d\u00e9couragement comporte g\u00e9n\u00e9ralement une&nbsp;part de volont\u00e9) lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;enqu\u00eater sur une r\u00e9alit\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9e et aussi distante. Penser \u00e0 Dieu et au fait que nous sommes faits pour Lui est une pens\u00e9e trop profonde pour eux. Et, exag\u00e9r\u00e9ment concentr\u00e9s sur leur propre \u00e9tat de cr\u00e9ature, ils n&rsquo;osent pas lever les yeux vers le Cr\u00e9ateur, par petitesse d&rsquo;esprit, mais aussi par commodit\u00e9. En effet, la m\u00e9connaissance de la grandeur de la nature humaine, de sa nature \u00e9minemment spirituelle, et donc finalement faite pour contempler Dieu, leur fournit un alibi pour se jeter sans r\u00e9serve dans ce que saint Thomas appelle la \u00ab&nbsp;<em>b\u00e9atitude bestiale<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/disputationes.over-blog.com\/2025\/07\/quand-la-volonte-force-l-intelligence.a-se-tromper.html#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Autrement dit, se persuader d\u2019\u00eatre faits pour une b\u00e9atitude de porc, de chien ou de renard plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre spirituel, et entretenir cette conviction \u00ab\u00a0utile\u00a0\u00bb, qui au fond r\u00e9duit leurs engagements \u00e0 ce qu&rsquo;ils ont en commun avec les animaux, suppose, en quelque sorte, de \u00ab&nbsp;<em>ne rien comprendre<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant&nbsp;<em>choisi<\/em>&nbsp;de regarder combien ils sont li\u00e9s \u00e0 la sensibilit\u00e9 et au corps, qu\u2019ils ont en commun avec les animaux, ils choisissent de se satisfaire des choses corporelles et des plaisirs de la chair. Une recherche qui les am\u00e8nerait donc \u00e0 regarder vers le haut pourrait compromettre cet univers de conclusions agr\u00e9ables qu&rsquo;ils&nbsp;se sont fabriqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi l&rsquo;intelligence qui tendrait en elle-m\u00eame beaucoup plus haut, vers le Vrai, est par un mouvement volontaire frein\u00e9e, d\u00e9vi\u00e9e, disons m\u00eame corrompue, afin qu&rsquo;elle n&rsquo;explore pas trop ce Bien intelligible, cette V\u00e9rit\u00e9 supr\u00eame.&nbsp;Le champ de r\u00e9flexion se r\u00e9tr\u00e9cit, si bien qu\u2019il semble pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas approfondir cette question&nbsp;: la volont\u00e9 en vient \u00e0 refermer les espaces de l\u2019intelligence. Ayant d\u00e9j\u00e0 tranch\u00e9, elle fixe des limites \u00e0 l\u2019intelligence et lui dicte : \u00ab&nbsp;<em>Il vaut mieux que dans ce domaine tu ne raisonnes pas<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en r\u00e9sulte que tout le processus intellectuel devient fauss\u00e9, d\u00e9tourn\u00e9 et limit\u00e9, car il n\u2019est plus possible de raisonner \u00e0 partir \u00ab&nbsp;<em>de ce que l\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 pour d\u00e9couvrir ce que l\u2019on ignore encore<\/em>&nbsp;\u00bb. On ne part plus d\u2019une \u00e9vidence pour progresser, de v\u00e9rit\u00e9 en v\u00e9rit\u00e9, vers de nouvelles conclusions. \u00c0 la place, on part de ce que l\u2019on a&nbsp;<em>d\u00e9cid\u00e9<\/em>&nbsp;d\u2019\u00eatre, pour ensuite construire un \u00e9difice tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, mais reposant sur un unique fondement: l\u2019id\u00e9e que l\u2019on a&nbsp;<em>choisie<\/em>&nbsp;sur soi-m\u00eame<a href=\"https:\/\/disputationes.over-blog.com\/2025\/07\/quand-la-volonte-force-l-intelligence.a-se-tromper.html#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Puisque j\u2019ai&nbsp;<em>choisi&nbsp;<\/em>&#8211; de mani\u00e8re plus ou moins arbitraire &#8211; que telle est la r\u00e9alit\u00e9, mon raisonnement ne peut alors que se refermer sur ce choix initial et suivre uniquement la voie que j\u2019ai moi-m\u00eame&nbsp;<em>choisie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>deuxi\u00e8me partie<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dire que les limites de notre intelligence sont telles que l&rsquo;erreur est pr\u00e9visible, et qu\u2019elle ne rel\u00e8ve pas n\u00e9cessairement d\u2019un choix volontaire. Certes. Jolivet \u00e9crit que \u00ab&nbsp;l&rsquo;intelligence laiss\u00e9e \u00e0 la seule action de son objet serait infaillible, puisqu&rsquo;il est de sa nature de n&rsquo;affirmer uniquement que ce qu&rsquo;elle comprend et seulement jusqu\u2019o\u00f9 elle comprend, douter face \u00e0 l&rsquo;incertitude, nier face \u00e0 la fausset\u00e9, s&rsquo;en tenir exactement \u00e0 ce qu&rsquo;elle voit. Mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;intelligence sans volont\u00e9 et sans une relative libert\u00e9. De plus, chez l&rsquo;homme, l&rsquo;intelligence est associ\u00e9e \u00e0 la sensibilit\u00e9, aux passions, aux int\u00e9r\u00eats qui l&rsquo;influencent, l&rsquo;orientent vers ses propres fins et la poussent \u00e0 juger sans voir. C\u2019est ainsi que na\u00eet l\u2019erreur, toujours issue de l\u2019ignorance, car elle consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 affirmer ce que l\u2019on ne per\u00e7oit pas ou ne conna\u00eet pas, \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser de fa\u00e7on imprudente, \u00e0 s\u2019appuyer sur des analogies trompeuses, ou \u00e0 formuler des hypoth\u00e8ses sans fondement suffisant. L &lsquo;erreur est sans doute formellement un acte de l&rsquo;esprit, mais d&rsquo;un esprit pr\u00e9occup\u00e9 et comme embu\u00e9, contrari\u00e9 par les sens ou par d&rsquo;autres facult\u00e9s, et tel qu&rsquo;il cherche la v\u00e9rit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 elle ne se trouve pas&nbsp;\u00bb&nbsp;<a href=\"https:\/\/disputationes.over-blog.com\/#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur \u00e9voque un \u00ab&nbsp;esprit pr\u00e9occup\u00e9&nbsp;\u00bb comme pr\u00e9dispos\u00e9 \u00e0 l\u2019erreur. En effet, les inqui\u00e9tudes et la volont\u00e9 de les r\u00e9soudre &#8211; ou du moins de les \u00e9claircir l\u00e0 o\u00f9 pourtant le brouillard persiste &#8211; exposent \u00e0 se tromper, car existe alors un risque important de \u00ab\u00a0for\u00e7age\u00a0\u00bb de la volont\u00e9 pour parvenir co\u00fbte que co\u00fbte \u00e0 un jugement. Un jugement forc\u00e9, qui n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement positif ou en faveur de celui qui juge, et qui peut m\u00eame parfois \u00eatre extr\u00eamement n\u00e9gatif (et m\u00eame ouvertement nuisible \u00e0 celui qui le formule), pourvu qu&rsquo;il soit clair.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du \u00ab\u00a0culte de l\u2019id\u00e9e claire\u00a0\u00bb d\u00e9coulant du rationalisme, on cherche \u00e0 faire toute la lumi\u00e8re, \u00e0 atteindre une clart\u00e9 \u00ab\u00a0comme celle du soleil de midi\u00a0\u00bb, m\u00eame lorsque l\u2019id\u00e9e ne peut pas encore \u00eatre claire. Et alors qu\u2019on est seulement \u00ab\u00a0dans la p\u00e9nombre de l\u2019aube\u00a0\u00bb, on veut d\u00e9j\u00e0 voir avec certitude. C\u2019est dans ce contexte que la volont\u00e9 intervient, influenc\u00e9e par les passions &#8211; ou, selon la terminologie plus \u00e9quivoque de nos jours, \u00ab&nbsp;par les sentiments&nbsp;\u00bb. Et c&rsquo;est par cette voie que le rationalisme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, ne se contentant pas d&rsquo;une connaissance vraie, mais trop nuanc\u00e9e et trop floue \u00e0 son go\u00fbt, aboutit, \u00e0 partir du rationalisme exigeant d&rsquo;o\u00f9 il a commenc\u00e9 son raisonnement, \u00e0 un jugement presque totalement \u00ab\u00a0volontariste\/sentimentaliste\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Du refus d&rsquo;une connaissance vraie, bien que \u00ab\u00a0nuanc\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e0 laquelle on attribuait justement aussi sa partie d&rsquo;incertitude pour les c\u00f4t\u00e9s qui demandaient de la prudence, on est pass\u00e9 \u00e0 une connaissance qui est aussi totalement fausse, pourvu qu&rsquo;elle soit claire. Et cela s&rsquo;est produit non pas \u00e0 cause d&rsquo;une \u00e9vidence de l&rsquo;intelligence, mais \u00e0 cause d&rsquo;une intervention de la volont\u00e9, des passions, de la fougue irrationnelle parfois, du sentimentalisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Du rationalisme \u00e0 l&rsquo;irrationalit\u00e9 impos\u00e9e par voie sentimentale il n\u2019y a qu\u2019un pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le degr\u00e9 de culpabilit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9 d\u00e9pend des cas particuliers et des dispositions propres \u00e0 chaque sujet. Mais une chose est certaine : objectivement, il s\u2019agit l\u00e0 de la voie maitresse de l\u2019erreur. Un chemin sur lequel il est d\u2019ailleurs facile d\u2019\u00eatre tromp\u00e9, que ce soit par d\u2019autres personnes, par des m\u00e9dias sans scrupules, ou surtout par le Trompeur par excellence. Ce n&rsquo;est pas un hasard si saint Ignace de Loyola, dans le&nbsp;<em>Discernement des esprits<\/em>, dit de ne pas changer ses r\u00e9solutions, prises prudemment, lorsqu&rsquo;on est dans le trouble passionnel. Il s\u2019agit l\u00e0 de la fameuse r\u00e8gle n\u00b0 5, qui invite \u00e0 attendre quand on est troubl\u00e9 par la d\u00e9solation et \u00e0 diff\u00e9rer le jugement jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le champ soit d\u00e9gag\u00e9 des passions.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 la v\u00e9ritable humilit\u00e9, toujours li\u00e9e \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, et qui consiste \u00e0 suspendre son jugement lorsqu\u2019il n\u2019est pas r\u00e9ellement possible d\u2019en \u00e9mettre un de mani\u00e8re ferme et fond\u00e9e ; ou, du moins, \u00e0 faire preuve de simplicit\u00e9 et d\u2019honn\u00eatet\u00e9 en exposant la probl\u00e9matique telle qu\u2019elle est, en d\u00e9crivant \u00e0 la fois les aspects \u00e9clair\u00e9s et ceux qui restent dans l\u2019ombre. Il vaut alors mieux pr\u00e9f\u00e9rer, m\u00eame si ce n\u2019est pas une r\u00e9ponse compl\u00e8te \u00e0 la question, une simple esquisse de v\u00e9rit\u00e9 &#8211; pourvu qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9duite par des proc\u00e9d\u00e9s honn\u00eates &#8211; plut\u00f4t que de s\u2019en remettre aux produits d\u2019un sentimentalisme passionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rationalisme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;admet pas des v\u00e9rit\u00e9s connaissables l\u00e0 o\u00f9 il ne voit pas avec la clart\u00e9 des sciences math\u00e9matiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, face au \u00ab probl\u00e8me de Dieu \u00bb, comme l\u2019appelait Cornelio Fabro, il adopte g\u00e9n\u00e9ralement deux attitudes : soit il rejette cat\u00e9goriquement l\u2019existence de Dieu, sous pr\u00e9texte qu\u2019il ne peut ni le voir ni l\u2019expliquer selon le mod\u00e8le id\u00e9aliste qu\u2019il s\u2019est forg\u00e9 ; soit, \u00e0 l\u2019inverse, il se pr\u00e9cipite avec une ferveur irrationnelle et quasi amoureuse dans les d\u00e9lires des sectes les plus extr\u00eames. Il importe ici de comprendre que les deux choix, celui de l&rsquo;adepte d&rsquo;une secte et celui de l&rsquo;ath\u00e9e militant qui se voudrait un rationaliste, sont des produits du volontarisme et souvent du volontarisme sentimental.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ath\u00e9e militant lui-m\u00eame, qui se d\u00e9crit comme un intransigeant d\u00e9fenseur de la raison, a contraint son intelligence, sous l\u2019effet de sa volont\u00e9, \u00e0 r\u00e9tr\u00e9cir ses propres limites &#8211; jusqu\u2019\u00e0 nier Dieu et la possibilit\u00e9 m\u00eame de le conna\u00eetre. Et pourtant, Dieu &#8211; du moins en tant que Cause premi\u00e8re et Fin ultime &#8211; demeure largement accessible \u00e0 une intelligence non corrompue par les crit\u00e8res que ce \u201cpenseur\u201d s\u2019est volontairement impos\u00e9s \u00e0 soi-m\u00eame. Le \u00ab\u00a0sentimentalisme\u00a0\u00bb originaire de l&rsquo;ath\u00e9e rationaliste l&rsquo;a conduit &#8211; par l&rsquo;intervention de la volont\u00e9 &#8211; \u00e0 l&rsquo;erreur de l\u2019intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p>Commentant un texte de Ribot, Jolivet r\u00e9sume ainsi l&rsquo;erreur d\u00e9coulant de la&nbsp;<em>logique des sentiments<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;La logique des sentiments consiste, en effet, \u00e0 partir non d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 ou d&rsquo;un fait certain pour en tirer des cons\u00e9quences l\u00e9gitimes, mais d&rsquo;une assertion plac\u00e9e d&rsquo;avance comme conforme \u00e0 ce qu&rsquo;on esp\u00e8re ou \u00e0 ce qu&rsquo;on d\u00e9sire, et qui se justifie de toutes les mani\u00e8res. Cette logique tend \u00e0 des r\u00e9sultats plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 des conclusions, car les jugements qu&rsquo;elle inspire sont gouvern\u00e9s et impos\u00e9s non par les exigences objectives de la r\u00e9alit\u00e9, mais par des besoins affectifs et des int\u00e9r\u00eats&nbsp;\u00bb&nbsp;<a href=\"https:\/\/disputationes.over-blog.com\/#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la volont\u00e9 force arbitrairement l&rsquo;intelligence, c\u2019est l\u00e0 que na\u00eet la v\u00e9ritable fermeture d\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Don Stefano Carusi<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par&nbsp;Disputationes theologicae Indications pour une \u00e9poque de subjectivisme d\u00e9brid\u00e9 Pentec\u00f4te 2025 Nous nous rendons tous compte, par un simple retour honn\u00eate sur nous-m\u00eames, qu&rsquo;en de nombreuses occasions, certaines des \u00e9tapes qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 nos choix et positionnements intellectuels \u00e9taient vici\u00e9es. Nous ne parlons pas ici simplement de l&rsquo;influence des passions sur notre agir moral, nous &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/2025\/11\/14\/disputationes-theologicaequand-la-volonte-force-lintelligence-a-se-tromper\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">[Disputationes theologicae]Quand la volont\u00e9 force l\u2019intelligence&#8230; \u00e0 se tromper<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-677","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-disputationes-theologicae"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/677","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=677"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/677\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":678,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/677\/revisions\/678"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=677"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=677"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tradi-novitates.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=677"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}