[paix litturgique]LA TRADITION AU SERVICE DE LA PAIX DANS L’ÉGLISE


Plutôt que de chercher à se positionner à tout prix quant aux sacres épiscopaux prévus par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, la famille traditionnelle au sens large aurait grand avantage à s’élever au-dessus d’une mêlée destructrice. Prendre parti « pour » ou s’élever « contre », voilà des postures trop étroites : le sujet est avant tout de travailler, chacun à sa place, à être un instrument de paix. Se tendre la main quand d’autres choisissent les anathèmes. Préférer les pansements de la bienveillance au jet de sel sur les béantes plaies liturgiques de l’Eglise. L’enjeu n’est pas seulement grand. Il est immense et d’importance.

A cet égard, le « in necessariis, unitas ; in dubiis, libertas, ; in omnibus, caritas » de saint Augustin pourrait guider la réflexion de tous ceux qui irriguent leur foi par les grâces du Vetus Ordo. Et ce, d’autant plus que la situation de l’Eglise et des sacres épiscopaux réalisés en juillet 1988 est radicalement différente d’avec le contexte actuel. La crise vocationnelle et existentielle du sacerdoce catholique est patente. Souvenons-nous du livre de Benoît XVI et du cardinal Sarah Des profondeurs de nos cœurs (Fayard) pour défendre le célibat sacerdotal ainsi que des bouleversements doctrinaux notoires liés au processus synodal initié par le pape François, sans compter l’état de suspicion entretenu par les conférences épiscopales à propos de l’écosystème traditionnel dans son ensemble… « Notre maison brûle » avait déclaré Jacques Chirac dans un discours resté célèbre qui cherchait à prévenir des différents défis écologiques très sérieux qui s’annonçaient pour la planète. Il en va de même aujourd’hui pour l’Eglise. « Notre maison brûle » : il serait profitable d’en dresser le constat pour mieux circonscrire l’incendie, lutter contre lui, l’éteindre et rebâtir !

La formule augustinienne « In necessariis, unitas ; in dubiis, libertas, ; in omnibus, caritas » résume un triple principe clair, en mesure de servir de boussole à tous ceux qui veulent la paix liturgique : unité sur les choses nécessaires ; liberté sur les choses qui ne le sont pas ; charité en toutes choses.

Oui, la maison Église brûle. Bien sûr, elle possède les paroles de la vie éternelle. Pour autant, son histoire et sa vie ne se résument pas non plus, comme aimait le répéter l’historien Emile Poulat, à l’image d’un reposoir de Fête-Dieu… La maison Église brûle bien évidemment non seulement par le carburant des péchés personnels de ses membres, mais encore parce que les fumées de Satan ne se sont pas éteintes depuis qu’elles lèchent les colonnades du Bernin. Le 29 juin 1972, le pape Paul VI dans l’homélie qu’il prononça le jour de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, plantait le décor d’une Eglise en pleine crise postconciliaire : « Devant la situation de l’Église d’aujourd’hui, nous avons le sentiment que par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu. Nous voyons le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement. On n’a plus confiance dans l’Église. »

Cette défiance en l’Eglise chez nombre de fidèles est très certainement le symptôme le plus saisissant de la crise de crédibilité qui traverse l’institution ecclésiale. La grâce de Dieu aidant, notre vie baptismale se nourrit de cette confiance en l’Eglise, en cette maison chaleureuse et accueillante, solide sur les appuis de sa Tradition, et si tendrement évoquée dans la parabole du banquet messianique (évangile du 2ème dimanche après la Pentecôte).

« Un homme fit un grand dîner, et invita de nombreux convives, Et à l’heure du repas, il envoya son serviteur dire aux invités de venir, parce que tout était prêt. » Le maître n’a qu’un désir : ut impleátur domus mea / que ma maison se remplisse !

Oui, Dieu veut que son Église se remplisse : « Oui, Va dans les chemins et le long des haies, et presse les gens d’entrer. » Parmi les notes de l’Eglise, la théologie en retient plusieurs. L’Église est sainte, elle est catholique, apostolique ou encore missionnaire. Une des notes de l’Eglise que chérissait l’abbé Victor-Alain Berto, résidait justement dans sa capacité d’intégration.

En effet, l’Eglise, dans sa tradition constante et son histoire bimillénaire, a montré avec une ténacité inouïe son désir, comme une mère louve, de veiller sur ses petits, de les protéger et d’accueillir du mieux possible les membres qui vivent de ses sacrements et de son Evangile.

A fortiori, lorsqu’il y a un incendie, la logique de l’urgence de la situation veut qu’on ne demande pas sa carte d’identité à celui qui vous tend le seau. On ne lui fait pas la leçon sur la manière de le porter, et l’on ne perd pas son temps à s’enquérir de savoir s’il a la permission de le porter, s’il a la délégation pour avoir le droit d’éteindre l’incendie. On rend grâce pour ses mains offertes.

Comme l’a exprimé Mgr Schneider avec bon sens (un bon sens qui peut s’appuyer sur la raison, au regard de la visite de la Fraternité qu’il a effectuée à la demande du pape François) : « L’aspect juridique est secondaire en raison de l’état d’urgence dans l’Église »

Devant le spectacle auquel nous assistons depuis la renonciation de Benoît XVI, il y aurait de quoi non de se lamenter (l’heure est-elle vraiment aux jérémiades ?), mais à tout le moins de s’interroger.

La force de l’écosystème traditionnel a toujours résidé dans son désir de servir l’Eglise, à sa place, selon les principes évoqués par saint Augustin : unité sur les choses nécessaires, liberté dans les choses qui ne le sont pas et enfin, charité en toutes choses. Devant le mauvais procès fait à la Tradition depuis l’après-concile par les pharisiens des temps présents, les apôtres de la messe de tous horizons peuvent faire leur la réflexion de Robert Brasillach à son procès : « Nous pouvons ou nous avons pu nous tromper sur des hommes, sur des faits ou sur des circonstances, mais nous n’avons rien à regretter de l’intention qui nous a fait agir. »

Plutôt que de se perdre en conjectures administratives, nous laïcs et fidèles attachés aux pédagogies traditionnelles de la Foi, nous nous attachons à faire l’économie d’anathèmes inutiles et nous voulons porter dans notre prière tout à la fois l’Eglise et la Fraternité.

Le pape Léon XIV à qui le Christ a confié sa tunique sans couture, « ut unum sint / afin que tous soient un » et avec lui, les évêques du monde entier, dont au premier chef notre évêque territorial, en ce qu’il est le garant de la sainte doctrine sur le territoire qui lui a été confié.

Les quatre futurs évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, pour qu’ils sachent, par leur exemple, leur bonté et leur sagesse, aider les membres de leur Fraternité à servir l’Eglise avec le zèle qu’on lui connaît, mais sans zèle amertume triste (« votre joie, nul ne pourra vous la ravir ») et sans excès superflu (tout ce qui est excessif est insignifiant).

Aux dire de Chesterton, « Le plus heureux des destins humains est de trouver quelque chose à aimer ; mais le deuxième sort le plus heureux est certainement de trouver quelque chose à combattre. » Quel grand bonheur avons-nous en guise de merveilleux cadeau de pouvoir aimer et de nous nourrir aux sources de la messe traditionnelle et d’en découvrir ses charmes (à l’image du formidable travail historico-esthétique réalisé par le site Claves) !

Quel grand bonheur avons-nous aussi d’avoir tant de postérieurs à botter : dans l’épreuve et le combat, l’âme humaine trouve le lieu des plus solides amitiés et la rampe de lancement de ses plus nobles expressions !

Alors bien sûr, à vue humaine, les choses vont certainement plus mal qu’elles ne le sont. Mais elles peuvent aller aussi mieux qu’on ne l’espère. Disperser la cendre pour raviver le feu, afin que la maison Église brûle toujours davantage, mais cette fois-ci du vrai feu de la charité. Celle-là même sur laquelle chacun de nous sera jugé.