Il est vrai que pour répondre à cette question il faudrait d’abord se la poser… ce qui n’est pas simple en un monde ecclésiastique si éloigné de la réalité qu’il ignore le plus souvent l’« odeur » de ses fidèles, comme disait le pape François. Mais pourquoi ? Car nous devons admettre que ces clercs ne sont pas des personnes de petite intelligence voire même d’intelligence moyenne ?
La seule réponse qui me vient à l’esprit après plusieurs décennies d’observation est celle du déni assumé. J’entends par déni assumé la position intellectuelle qui s’auto-conforte par la certitude que ces soi-disant fidèles dans le besoin (tradis bien sûr !) n’existent simplement pas…
Certes ces clercs ne sont cependant pas si bêtes et ils sont capables de faire quelques exercices mentaux pour retomber sur leurs pieds… Je connaissais particulièrement bien l’un d’entre eux, Mgr Éric Aumônier, lorsqu’il était évêque de Versailles, devenu maître en cet art. C’est ainsi qu’il pouvait répéter à l’envie : « Bien sûr qu’il existe quelques-uns de ces fidèles qui réclament la messe à l’ancienne, mais ceux ne sont que des manipulateurs, des trotskystes qui par leur agitation de groupuscules veulent nous faire croire qu’ils sont nombreux alors qu’ils ne sont rien : voilà le piège dans lequel il ne nous faut pas tomber ! » Passez votre chemin, il n’y a rien à voir !
Malheureusement cette position intellectuelle s’est répandue comme un feu de poudre dans presque tout le monde ecclésiastique et y constitue maintenant une doxa indiscutable. Elle est aussi et surtout une certitude confortable : puisque ces demandeurs n’existent pas, point besoin de les rencontrer, de leur parler, de dialoguer avec eux, de tenir compte d’eux … Ouf et Deo gratias !
Mais les années passant cette position devient de plus en plus difficile à tenir. Non seulement à la vue des grands rassemblements comme Chartres, qui pour eux serait davantage un exemple de manipulation de la jeunesse par quelques vieux réactionnaires comme le pensent la plupart des évêques français (je me souviens de l’un d’entre eux répétant sans fin devant l’immense colonne de pèlerins : « manipulation ! manipulation ! manipulation… »
Chartres, mais aussi désormais les dizaines de rassemblements similaires qui se déroulent dans toutes les provinces de France… puis en Europe et même dans le monde avec une ampleur croissante, sans parler du pèlerinage international Summorum Pontificum à Rome. En fait, il devient de plus en plus difficile de nier le réel. Mais il reste cependant un ultime recours aux négationnistes du réel : toutes ces personnes manipulées dans de grandes manifestations ne se retrouveraient pas sur le terrain. Elles sont en somme une claque montée de toute pièce, faite d’acteurs manipulés mais pas des fidèles exprimant une demande et des besoins des fidèles face à des nécessités.
Pourtant de nombreux exemples viennent contredire cet ultime déni. Prenons par exemple celui de la demande des fidèles de Saint-Germain en Laye de pouvoir bénéficier d’une liturgie traditionnelle.
Leur histoire est plus qu’exemplaire et commence il y a plus de 35 ans, en 1991, au moment ou un vicaire général de Versailles accusait la communauté de Port-Marly d’accueillir dans son sein (horresco referens !) des catholiques qui viendraient de la paroisse de Saint-Germain en Laye… Ce qui d’ailleurs était absolument authentique.
C’est ainsi que plusieurs de ces fidèles se sont naturellement tournées vers leurs curés de Saint-Germain pour solliciter une célébration traditionnelle dans leur propre paroisse puisqu’il semblait au vicaire général qu’il était anormal qu’il fréquentent une autre paroisse que la leur. Mais le déni est souvent contradictoire car après avoir accusé des Saint-Germinois d’aller à Port-Marly, voici que les curés successifs de Saint-Germain contestèrent la réalité de ces fidèles et donc la légitimité de leur demande.
N’eût-été la persévérance presque surnaturelle de catholiques particulièrement courageux – comment oublier notre ami Bertrand du Boullay qui dans ce combat reçu tant d’insultes et de mépris – les négationnistes eussent pu pouvoir contrôler longtemps la situation (ils allèrent jusqu’à laisser applaudir leur politique d’exclusion une assemblée dominicale).
Mais comme on dit chassez le naturel (et la réalité), il (elle) revient au galop. C’est ainsi qu’en 2018 quelques fidèles décidèrent de venir prier chaque semaine calmement dans l’église de saint-Germain pour faire comprendre qu’ils existaient : la vague math/7/7 » Frappez et l’on vous ouvrira » était lancée.
On n’imagine pas combien ces prières persistantes peuvent avoir d’effet sur le cœur de Dieu, par l’intermédiaire des réactions des ennemis de la paix. Ces simples prières ont provoqué des cris d’orfraie et des hurlement hystériques comme si ces fidèles avaient profané l’église.
La situation en était là lorsqu’éclata la crise du covid. Loin d’interrompre la ténacité des fidèles elle les encouragea à redoubler d’ardeur et, pour la première fois, en juin 2020, fut célébrée une messe traditionnelle devant la chapelle Saint-Louis de l’ancien hôpital de Saint-Germain-en-Laye. Cette messe réunit plus de 150 fidèles et marqua les esprits : il existait donc bien à Saint-Germain des fidèles visibles, tangibles si je puis dire, qui désiraient vivre leur foi catholique au rythme de la liturgie traditionnelle.
Ainsi commencèrent ces célébrations de messes « sauvages » qui, chaque dimanche et fêtes, été comme hiver, soleil ou pluie, réunissaient une moyenne de 100 fidèles (assurant une quête de 250€ par célébration, chose importante à faire savoir aux chargés du culte).
Je ne raconterai pas ici tous les coups bas qui furent tenté pour mettre fin à cette extraordinaire situation, car en fait ils ne servirent à rien. Les fidèles sont d’ailleurs reconnaissants vis-à-vis des autorités préfectorales, municipales, policières, sollicités par nos pasteurs, d’avoir gardé calme et sérénité et de n’être jamais intervenu dans une affaire strictement inter-catholique, qui ne troublait en rien l’ordre public.
La suite est miraculeuse et exemplaire. En février 2023, ce qui était considéré comme impossible jusqu’alors, devint partiellement possible : Mgr Crepy, le nouvel évêque de Versailles accordait enfin l’instauration d’une messe traditionnelle dans la chapelle des Franciscaines de Saint-Germain, malgré les termes de l’ahurissant motu proprio Traditionis Custodes qui dans son autisme continuait à croire que les fidèles n’existaient pas et donc qu’ils n’avaient pas de besoins
Le miracle fut que dans une paroisse, où le clergé affirmait avec force depuis plus de 30 ans que les demandeurs n’existaient pas, se constitua une communauté qui réunit en moyenne 150 fidèles.
Providentiel fut que certains fidèles de la première heure n’acceptèrent pas une solution qu’ils jugeaient instable et préférèrent continuer à assister la messe à l’extérieur devant la chapelle de l’hôpital jusqu’à l’instauration d’un accord complet, clair et loyal continuant à réunir hiver comme été une communauté moyenne de 35 fidèles (avec une quête moyenne de 135€ ) …
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et comme par des voies détournées le dialogue qui n’avait jamais pu s’instaurer complètement et loyalement se mit d’un seul coup en place et par la grâce du Seigneur. Les fidèles « hors-les-murs », le curé de Saint-Germain et le vicaire général du diocèse trouvèrent un terrain d’entente sommes toute assez simple : garantir la messe toute l’année (été compris), assurer le « petites fêtes » et permettre les baptêmes et les funérailles.
Depuis ce jour-là les deux communautés amis ont fusionnés, l’horaire de la messe est passé de 11h30 à 10h30, un horaire plus familial, et ce sont désormais en moyenne plus de 200 fidèles qui prient dans la paix et la communion chaque dimanche dans la chapelle des Franciscaines
Mis diront certains le cas de saint-Germain est exceptionnel.
Ils auraient tort, car en 2007, lorsque fut publié par Benoit XVI le motu proprio Summorum Pontificum, dont nous fêtons aujourd’hui le 19ème anniversaire, ce furent plus de 700 groupes de demandeurs qui se révélèrent en France ; bien qu’à ce jour seulement une centaine d’entre eux ont été entendus les autres trouvant closes les portes de l’amour, de la charité et du dialogue.
Mais, diront les plus opposés à la paix, tout cela n’est que paroles. Nous leur répondrons : depuis 1976 ont été menés en France plus de 30 sondages auprès des personnes qui se considèrent comme catholiques pour essayer de connaître quelles pouvaient être leurs attentes liturgiques dans l’Église catholique d’aujourd’hui. Les résultats donnent des réponses étonnamment constantes :
– 30% des fidèles désirent vivre leur foi catholique dans leur paroisse au rythme de la liturgie traditionnelle.
– 60 %, que nous nommerons les catholiques de bon-accueil, ne voient aucune objection à la demande des précédents.
– Et seulement 10%, les survivants ou descendants de ceux qui nous ont chassé de nos paroisses dans les années 60, s’y opposent…
Alors oui, il est clair que les fidèles ont des attentes et que pour eux il y a urgence et NÉCESSITÉ à ce que l’Église les entende et les aime.
WHAT, THEN, IS THE STATE OF NECESSITY FOR THE FAITHFUL?
A REFLECTION BY CHRISTIAN MARQUANT
ON THE OCCASION OF THE 19TH ANNIVERSARY
OF THE PROMULGATION OF THE MOTU PROPRIO
SUMMORUM PONTIFICUM