6 Juil 2026 | Actualités
Impossible quand même de ne pas noter que le décret formel d’excommunication à l’encontre de la Fraternité porte la signature du sinistre Tucho… Ce qui en fait une farce, indépendamment de la légitimité (ou pas) de l’intention.
Ceci dit, je préfère considérer la réaction du secrétaire de Benoît XVI, interrogé par le vaticaniste du Corriere, Gian Guido Vecchi, moins comme une critique dure contre la Fraternité et une approbation de la sanction d’aujourd’hui, et même une condamnation (tardive !) de El Papa, que comme un hommage à son maître, qui, en tant que cardinal préfet de la CDF en 1988 puis en 2009 comme Pape (lors de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum et de la levée d’excommunication des 4 évêques ordonnés illicitement), avait essayé de toutes ses forces d’éviter le schisme.
Les circonstances étaient bien différentes, et l’autorité du magistère, garantie par le grand théologien bavarois puis par le Pape Benoît, sans aucune comparaison.
L’archevêque Georg Gänswein, secrétaire de Benoît XVI : « Les partisans de la ligne dure ont pris le dessus au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Mais Rome devrait faire preuve de souplesse concernant la messe en latin : François a commis une erreur avec *Traditionis Custodes*, une mauvaise décision qui doit être corrigée. »
Don Georg : « Les partisans de la ligne dure ont pris le dessus au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Mais Rome devrait faire preuve de souplesse concernant la messe en latin. »
Gian Guido Vecchi
Corriere della Sera,
2 juillet 2026
Le jugement sans appel du secrétaire de longue date de Benoît XVI : « Il leur a tendu la main ; ils ne l’ont pas acceptée. C’est horrible… Leur conception de la tradition n’est pas la tradition. »
« Je me souviens que Benoît XVI m’a dit à maintes reprises : c’est précisément à l’autel, là où réside le cœur de notre foi, qu’il n’y a ni unité, ni paix. Nous devons tout mettre en œuvre pour les retrouver… »
L’archevêque Georg Gänswein, qui a été pendant vingt ans le secrétaire particulier de Joseph Ratzinger et qui est aujourd’hui nonce apostolique dans les pays baltes, quittait Vilnius pour participer à une procession mariale en Lituanie lorsqu’il a suivi de loin le deuxième acte du schisme lefebvrien. Il avait côtoyé Benoît XVI pendant les jours où le pape-théologien avait tenté en vain de parvenir à une réconciliation en 2009 — « mais on voit maintenant qu’ils sont encore plus intransigeants et campés sur leurs positions qu’auparavant. Incroyable. C’est vraiment terrible. »
À Écône, un texte a été lu solennellement, dans lequel on pouvait notamment lire :
« Depuis le Concile Vatican II jusqu’à nos jours, les autorités de l’Église ont été animées par un esprit contraire à la foi et ont agi à l’encontre de la sainte Tradition… »
« C’est horrible… Leur conception de la tradition n’a rien à voir avec la tradition. En réalité, ils figent la tradition catholique jusqu’à Pie XII. Après cela, pour eux, tout est fini — terminé. À partir de ce moment-là, il n’y a eu que des erreurs. »
De quelle manière Benoît XVI pensait-il pouvoir les ramener ?
« Il faut relire sa lettre aux évêques du monde entier. Il l’a écrite de sa propre main, mot à mot. Il voulait être un pontifex — littéralement : un bâtisseur de ponts. Celui qui est excommunié, qui se repent et qui souhaite sincèrement revenir à la communion avec l’Église a le droit d’être absous. Il a levé l’excommunication des quatre évêques comme un père qui cherche à faire la paix. Une main tendue qu’ils n’ont malheureusement pas acceptée. Une frange radicale a pris le dessus — elle ne voulait pas de réconciliation à l’époque, et elle n’en veut toujours pas aujourd’hui. »
Comment expliquer le paradoxe des traditionalistes qui n’obéissent pas au pape ?
« Ce doit être la fameuse “coincidentia oppositorum” — la coïncidence des contraires. Ils sont comme les protestants d’il y a cinq siècles. Le cardinal Müller a raison. »
Pensez-vous qu’il soit encore possible de les faire revenir ?
« Je dois dire que je suis très déçu…La grâce est capable de tout, avec le temps, mais pour l’instant, je constate un éloignement et un durcissement encore plus profonds que par le passé. Un rejet de cette paix que, tout comme Benoît XVI, le pape Léon souhaite également. Il y a toutefois une chose qu’il faut clarifier au préalable : l’affaire lefebvriste n’est pas une question liturgique. »
Vous voulez parler de la messe tridentine en latin — le Missale Romanum promulgué par Pie V en 1570 et réédité par Jean XXIII en 1962 ?
« Oui. Au sein de l’Église, il y a des fidèles qui célèbrent selon le rite latin — par exemple, la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre — et ils le font cum Petro et sub Petro : jamais contre le Pape. La réforme liturgique du Concile, avec l’utilisation des langues nationales dans la messe, a conservé la langue latine ; il y a aussi le Novus Ordo de Paul VI. De plus, la constitution *Sacrosanctum Concilium* de 1963 a été signée, en tant que père conciliaire, par l’archevêque Lefebvre lui-même. »
Vous voulez parler de la messe tridentine en latin — le Missale Romanum promulgué par Pie V en 1570 et réédité par Jean XXIII en 1962 ? Et alors ?
« Pour parler franchement, je pense que Rome peut désormais envisager de faire preuve de plus de souplesse, de générosité et de bienveillance quant à la possibilité de célébrer la messe en latin. »
Cela mettrait-il fin à l’un des arguments avancés par les Lefebvristes ?
« Cela aussi… mais il ne s’agit pas uniquement de cela. Une mauvaise décision peut et doit être corrigée. Rome montrerait ainsi qu’elle a le courage et la conviction de le faire. »
Par « mauvaise décision », vous faites référence aux restrictions imposées par François à la lettre Summorum Pontificum, par laquelle Benoît XVI avait assoupli les règles relatives à la messe en latin en 2007 ?
« Je pense que le pape François a commis une erreur, sans s’en rendre compte… » [!!!]
François a déclaré que cette ouverture avait été utilisée « pour creuser les fossés, accentuer les divergences et attiser les oppositions »…
« Oui — mais cela a eu l’effet inverse. Summorum Pontificum avait porté ses fruits ; dix ans d’expérience positive l’avaient démontré. Il y avait eu des abus, c’est vrai — mais abusus non tollit usum : le fait que certains abus aient existé n’était pas une bonne raison d’interdire la messe tridentine à tout le monde. De plus, la majorité des évêques était d’accord pour maintenir ces ouvertures. On aurait ainsi retrouvé cette paix liturgique qui avait été mise à mal. »